Jean-Christophe Cambadélis : « Une primaire pour surmonter les désaccords »

Retrouvez ci-dessous l’interview de Jean-Christophe Cambadélis, Premier secrétaire du Parti socialiste, à la Nouvelle République, parue le 22 octobre.

La gauche s’est-elle remise de la déflagration du livre de confidences de François Hollande ?

(Il cherche ses mots) C’est toujours sensible. Mais la violence de la droite et les menaces de l’extrême droite demeurent l’élément central de la mobilisation de la gauche.

Est-ce que cela a cassé quelque chose ?

Cassé n’est pas le terme. Il y avait des interrogations avant, elles continuent maintenant. Elles sont globales sur les chances pour les socialistes, et la gauche, de l’emporter à la présidentielle. Car à cette étape aucun candidat putatif, quel qu’il soit, ne semble pouvoir battre la droite. Et même passer le premier tour. C’est grave !

Où en est la Belle alliance populaire et l’unité de la gauche ?

La Belle alliance populaire continue son chemin. Les universités de l’engagement en sont la démonstration. Nous en sommes à la sixième. Nous publions régulièrement les cahiers de la présidentielle. Nous aurons des réunions au niveau national avec le mouvement associatif, les syndicalistes et une grande convention anti-droite le 3 décembre à Paris. L’alliance des socialistes, des radicaux, des écologistes et des syndicalistes et associatifs créée l’espace politique nécessaire, pour être au deuxième tour de la présidentielle préparé par la primaire.

Vous venez sur les terres d’un député frondeur. Le PS peut-il surmonter ses désaccords avec Christian Paul et les députés qui l’entourent ?

Je suis le Premier secrétaire de tous les socialistes. J’étais avec Martine Aubry à Lille, avec Gérard Collomb à Lyon, je serai avec Laurent Baumel et Manuel Valls à Tours. Je crois l’unité nécessaire malgré les désaccords. Nous aurons une primaire pour surmonter tout cela. Elle permettra de se rassembler autour d’un candidat ou d’une candidate qui soit capable de diriger le pays dans un moment de tension sociale, d’interrogation sur la République et de guerre contre le terrorisme.

Ces frondeurs ont soulevé de réelles préoccupations d’une partie de la gauche. Avez-vous des regrets, aujourd’hui, de ne pas les avoir suivis ?

Les regrets, ce n’est pas le terme. Nous avons cherché constamment à discuter. On n’a pas pu aboutir certaines fois. Mais même quand les Socialistes ont tranché, très majoritairement, dans un congrès, ce n’est pas pour autant que les frondeurs ont accepté ce qui était le résultat de la démocratie interne. Ils ont gardé leurs désaccords et ont continué à le manifester bruyamment, indépendamment de cet acte de rassemblement qui est celui d’un congrès du Parti socialiste.

S’ils ne rentrent pas dans le rang, peut-il y avoir des sanctions, des retraits d’investiture ?

Dans le moment présent où le Front national rôde, utilisant les désaccords à gauche et la surenchère à droite, il ne faut rien faire qui accentue la fragmentation. Il faut donc plutôt  travailler au rassemblement, dans la clarté, sans cacher les désaccords pour pouvoir les surmonter. C’est cette méthode que je préconise, à travers la Belle alliance populaire et la primaire.

La primaire à droite a permis de révéler au grand jour, le projet de l’opposition et la quasi-unanimité sur les questions économiques et sociales. Pourquoi la gauche n’arrive-t-elle pas à vendre le bilan de son quinquennat ?

Nous le faisons. Mais ceci sera peut-être plus lisible dans notre propre primaire. On peut opposer point par point notre bilan à leur projet. Il est épouvantable. Le projet commun de la droite et d’une partie de l’extrême droite c’est un programme autoritaire et inégalitaire. Il est daté, très libéral. Jamais nous avons vu une droite française si à droite. Il conduirait la France dans une tension sociale absolue, de régression économique totale et d’une confrontation identitaire jamais vue.

Que doivent espérer les Français et les électeurs de gauche des derniers mois du quinquennat ?

Nous avons fait beaucoup pour les entreprises. Notre bilan de la lutte contre la fracture sociale a moins été mis en lumière. Il faut dans ces derniers mois le rendre plus visible et accentuer notre lutte contre toutes les inégalités, le précariat et les exclusions. Ce peut être une réponse budgétaire, des mesures en direction des plus déshérités qui semblent être dans le débat national d’aujourd’hui, les oubliés. Dans le débat de la primaire à droite, il n’en a pas été question une seule fois. Ni d’écologie. Ça tombe bien, c’est le cœur de notre problématique : la social-écologie.

Propos recueillis par Olivier Pirot