Jean-Luc Mélenchon, un mirage dangereux

Le programme du leader de La France insoumise est très généreux pour les salariés mais ses exigences vis-à-vis de l’Union européenne sont irrecevables et ses propositions irréalistes.

Le grand talent de Jean-Luc Mélenchon mériterait d’être mis au service d’une meilleure cause que la sortie de la France de l’Union européenne et la construction d’un « vrai socialisme » dans notre seul pays. Car en dépit des rétropédalages de dernière minute, c’est bien de cela dont il s’agit.

Ce que contient le programme « insoumis » de Jean-Luc Mélenchon
Sortir de l’euro et de l’UE : la démarche en deux temps proposée à nos partenaires européens – d’abord un plan A : la renégociation à 27 de tous les traités, puis, en cas d’échec, l’application du plan B : le départ unilatéral de la France de l’Union européenne – n’est qu’un vieux procédé destiné à faire porter à nos interlocuteurs le chapeau de la rupture.

C’est une astuce cousue de câbles blancs : on leur présente des revendications que l’on sait inacceptables, elles ne sont donc pas acceptées ; on claque la porte en dénonçant leur ignominie : la démonstration est faite aux yeux des peuples qu’on a affaire à des libéraux austéritaires indécrottables. « Puisqu’on ne peut pas changer l’Europe, il faut la quitter.  »

Quelles sont, en effet, les exigences formulées par Jean-Luc Mélenchon ? Pour que, sous sa présidence, la France reste dans l’UE, il faudrait que nos partenaires européens acceptent : la fin de l’autonomie de la Banque centrale européenne et sa mise sous tutelle politique, afin qu’elle finance directement les dettes d’Etat ; l’abolition des traités réglementant le niveau des déficits et de l’endettement publics des Etats membres, l’annulation des dettes souveraines décrétées « illégitimes » ; la mise en place d’un protectionnisme « solidaire »…

Indépendamment de la pertinence ou non de ces conditions, il est clair qu’elles sont irrecevables non seulement pour le gouvernement allemand et celui des pays de l’Europe du Nord, mais aussi pour les gouvernements espagnol et italien. La fonction du « Plan A » est de « démasquer » ces valets du libéralisme et de permettre un passage optimal au plan B.

Certes, le statu quo n’est pas acceptable, il faut réorienter et réformer l’Union européenne, infléchir sa politique, démocratiser ses institutions. Mais la bonne stratégie pour y parvenir n’est pas le chantage au départ si les autres Etats membres ne s’alignent pas sur notre position. Elle consiste à proposer des compromis positifs et mutuellement acceptables.

Mélenchon, Macron, Fillon, Hamon et Le Pen : le sens derrière les mots
C’est ce que les gouvernements socialistes ont fait au cours du dernier quinquennat : ils n’ont pas exigé la fin de l’indépendance de la BCE, mais l’élargissement de ses missions en soutien de la croissance : sous la présidence de Mario Draghi, appuyé par la France, la BCE rachète chaque mois, depuis trois ans, 80 milliards d’obligations d’Etats et d’entreprises, afin de booster la croissance et de réduire le coût de l’euro, lequel a perdu 30% de sa valeur par rapport au dollar, au bénéfice des exportations.

L’Union bancaire a été instaurée et est en voie d’achèvement. Le plan Juncker de relance de la croissance par l’investissement a été porté à 500 milliards d’euros et les socialistes proposent de le doubler. On pourrait prolonger cette liste. L’Union européenne engrange 450 milliards d’excédents de sa balance commerciale chaque année, et le chômage est devenu  » frictionnel  » (entre 4 et 6% de la population active) dans de nombreux Etats membres. Le programme européen de Benoît Hamon s’inscrit dans la continuité de cette politique.

Fatale conjonction

Non content de vouloir revenir au franc, c’est-à-dire aux dévaluations et à la guerre des monnaies, Jean-Luc Mélenchon programme 173 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires, auxquelles s’ajoutent 100 milliards de prélèvements fiscaux et sociaux et 100 milliards d’investissements financés par l’emprunt. Sous son quinquennat, notre dépense publique passera de 57% du PIB – record des pays développés – à 64% !

Jean-Luc Mélenchon et le bobard Bolivar
La conjonction d’une sortie de l’euro et de cette accumulation himalayenne de dépenses plongera notre pays et l’Europe dans un chaos profond. Le franc retrouvé subira de fortes dévaluations ; les épargnants, grands et petits, s’efforceront de préserver leurs avoirs : les plus fortunés transféreront d’un clic leurs capitaux à l’étranger, les plus modestes se lanceront à l’assaut des distributeurs automatiques des banques. Les dettes contractées en euro augmenteront ; les taux d’intérêt consentis à la France s’envoleront ; de nombreuses entreprises et banques feront faillite, accroissant le chômage. Le coût de la vie pour les ménages s’élèvera, en proportion de celui des produits importés, comme celui de la production pour les entreprises. L’aggravation de la crise économique exacerbera la conflictualité sociale et l’insécurité publique.

Notre pays, comme l’Union européenne, n’a pas besoin de ce cauchemar.

L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit l’Ecclésiaste. Le programme de Jean-Luc Mélenchon est très généreux pour les salariés, et donc séduisant. Il ne tient malheureusement aucun compte des réalités, des contraintes et des conséquences de sa mise en œuvre. Il aurait été, à la rigueur, envisageable, au plus fort des Trente Glorieuses, dans les années 1960, lorsque la croissance était à 5% par an et que nous vivions en économie semi-fermée. Il est parfaitement démagogique et irresponsable dans le monde et dans la France de 2017.