Société Samedi 27 Août 2011 à 12:29
Atelier 14 - Face à la perte d'autonomie, construire une société de l'accès

L’affluence à cet atelier pourtant matinal mais traduit en langue des signes, donc particulièrement accessible, est une nouvelle preuve de l’intérêt des militants pour les questions de handicap et d’autonomie.
La présence de nombreux représentants de syndicats et d’associations mais aussi de professionnels a permis, dans une ambiance studieuse et chaleureuse, d’exprimer des attentes et points de vue complémentaires par rapport au projet du Parti socialiste sur la perte d’autonomie, élaboré grâce aux spécialistes auditionnés ainsi qu’aux élus et militants, chaleureusement remerciés par Charlotte Brun, Secrétaire nationale.

En sa qualité de sociologue, Bernard Ennuyer a montré que la stigmatisation de la « dépendance », en renvoyant à une double exclusion (celle des personnes âgées et celle des personnes qui ont besoin d’une aide dans leur vie quotidienne) était en fait un malentendu et même un contresens : en société, nous sommes au contraire tous dépendants les uns des autres (de notre conjoint, de notre employeur) et même, dépendants des objets comme nos ordinateurs !
Quant à la « perte d’autonomie », elle signifierait que les personnes dans l’incapacité d’accomplir certains actes seraient dépossédées de leur liberté de choix. A ces expressions discriminantes car porteuses d’un jugement, pourquoi ne pas préférer le terme de « long time care » employé par les anglo-saxons et qui désigne lui une réalité objective : celle des « soins de longue durée » dont ont besoin les personnes fragiles, quel que soit leur âge ?
Or, Jean-Marie Barbier, président de l’APF, l’a souligné : notre vocabulaire reflète nos choix. Il n’est pas anodin dans ce contexte qu’en Angleterre, 10 000 étudiants soient en situation de handicap, contre seulement 1 000 en France.
Le nouveau report de la « réforme de la dépendance » va placer ces questions au centre de la campagne pour les élections présidentielle et législative. Une enquête réalisée par l’INSEE en 2007 montrait qu’une personne sur cinq déclarait un handicap dans sa vie quotidienne. Pascal Terrasse, député de l’Ardèche, l’a bien rappelé : les sujets qui préoccupent les Français ne sont pas toujours ceux qui que les médias mettent en scène.
Pascale Coton, Secrétaire générale adjointe de la CFTC en charge des négociations avec le gouvernement sur la dépendance, a d’ailleurs insisté sur la nécessité de « sortir de l’ombre » ces salariés, le plus souvent des salariées, qui exercent ces métiers épuisants et pourtant non reconnus comme pénibles, d’aide aux personnes.
Il résulte des différents engagements exprimés, associatif, humain et politique, une illustration de la phrase de Norbert Elias dans La société des individus citée par Bernard Ennuyer : « Nous serons d’autant plus forts individuellement que nous seront forts collectivement ». Ce sont nos choix collectifs qui déterminent nos choix individuels. Le retour de l’adolescent polyhandicapé kosovar Ardy, grâce à la mobilisation de RESF et des partis de gauche, en fut une nouvelle illustration.
Ce principe acquis, le politique doit proposer une refonte de notre contrat social qui permette de négocier, entre tous les citoyens, tous inclus, les dépendances multiples qui sont à la base de la condition humaine.
