Libertés, médias, justice et sécurité Mercredi 17 Octobre 2012 à 11:49
Manuel Valls: «s'attaquer sans renoncer à cette mafia qui gangrène la société corse»
Manuel Valls, ministre de l'Intérieur était l'invité politique de France Inter ce mercredi. L'occasion pour le ministre de revenir sur les violences en Corse, mais également sur l'islamisme radical
Corse: mieux coordonner le travail de la police et de la Justice
Interrogé sur l'assassinat en Corse d'Antoine Sollacaro, ancien avocat d'Yvan Colonna, Manuel Valls a décrit la situation actuelle:
Nous faisons face en Corse à une situation d'extrême gravité. Et les faits qui se sont encore déroulés - car ce n'est pas la première fois - l'attestent. Hier un avocat, un symbole de l'Etat de Droit a été touché. [...] D'une certaine manière l'autorité de l'Etat se mesure en Corse à sa capacité de démanteler le système affairiste et empêcher les gens de se tuer.
Et d'expliquer l'objectif de son ministère:
Ça veut dire qu'il faut encore plus agir sur le terrain, coordonner le travail entre la police et la Justice, pénétrer et déstabiliser les réseaux affairistes parce qu'aux traditionnelles revendications nationalistes, se mêlent en Corse la poursuite d'intérêts économiques qui sont peu avouables et des liens avec le très grand banditisme. Donc il faut s'attaquer sans renoncer, sans faire aveu d'impuissance, à cette mafia, à ce qui gangrène la société corse qui ne va pas bien.
S'agissant des moyens mis en œuvre, le ministre a affirmé que les moyens structurels étaient déjà donnés, et d'annoncer une visite début novembre avec Christiane Taubira "à la fois pour mettre en œuvre cette coordination plus efficace des services de justice et de police [...] mais aussi pour adresser un message d'espoir à la Corse". En effet, selon Manuel Valls, la société Corse a besoin d'apaisement dans le contexte économique actuel déjà difficile.
Combattre l'islamisme radical avec les moyens de l'Etat de Droit
Au lendemain de l'adoption de la loi permettant de sanctionner les Français partis à l'étranger s'entrainer au Jihad, Manuel Valls est également revenu sur les moyens de lutter contre l'islamisme radical. Le ministre a commencé par décrire la situation:
il y a aujourd'hui ces cellules, ces réseaux, ces individus terroristes qui naissent dans la société française même. Il s'agit de jeunes qui connaissent un processus de radicalisation mêlant petite délinquance, criminalité. Plusieurs centaines apparemment. Il s'agit de Français récemment convertis et qui de manière très rapide, pas seulement en prison mais aussi sur Internet, basculent dans ce processus de radicalisation qui les amènent à la haine et à vouloir se sacrifier, à vouloir tuer, dans laquelle se mêle cet antisémitisme qui est un des moteurs qui explique également cette haîne et cette violence.
Et d'expliquer sa stratégie:
Il faut le combattre avec les moyens de l'Etat de Droit.
Une stratégie qui donne des résultats
Le ministre affirme que la stratégie mise en œuvre actuellement a déjà donné des résultats, rappelant le démantelement le 19 septembre dernier d'une cellule antiterroriste.
Dans la réorganisation que je souhaite de nos services de renseignement, il faut être encore là aussi plus prêt du terrain pour prévenir et démanteler. C'était aussi le but, le sens de la loi antiterroriste adoptée hier au Sénat
Manuel Valls a confirmé que le risque de terrorisme était élevé et qu'il y avait un lien entre ce terrorisme et les positions géostratégiques de la France. Et de rappeler que l'union nationale était importante:
Les seuls services de police et de justice ne suffisent pas pour faire face au terrorisme: il faut une mobilisation de toute la société. [...] La société française doit se rassembler pour l'apaisement.
Pour un Islam de France, chacun doit prendre ses responsabilités
Interrogé sur la faiblesse des moyens apportés aux aumoniers musulmans dans les prisons, le ministre de l'Intérieur réagit:
l'Islam de France doit faire face à ses responsabilités et à la formation d'imams et d'aumoniers français, qui parlent Français et sont en phase avec les valeurs de la République, qui puisse progresivement accomplir leur tâche et leurs missions
Et insiste pour conclure:
Chacun doit prendre ses responsabilités: les financements étrangers, la formation d'imams qui n'ont rien à voir avec les valeurs de la République, le rejet de ce discours de haine sont aussi de la responsabilité de tout ceux qui aujourd'hui ont en charge l'Islam de France.
