Retrouvez l’intégralité de l’interview de J-C. Cambadélis au JDD

Ce dimanche 21 février 2016,  Le JDD publie une interview de Jean-Christophe Cambadélis, Premier secrétaire du Parti socialiste, que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

Le projet de loi de Myriam El Khomri est salué par la droite et le Medef et vivement contesté par la gauche et les syndicats. Que vous inspire ce texte ?

C’est un avant projet qui doit évoluer. Face au chômage de masse, entre ceux qui veulent ne rien faire et ceux qui veulent tout défaire, il y a la place pour ceux qui veulent faire. Nous devons élaborer un nouveau modèle, un nouveau mixte entre souplesse et sécurité. Le texte tel qu’il a été soumis au conseil d’Etat doit donc être rééquilibré.

Dans quel sens ?

Il faut donner toute sa place à la sécurité sociale du XXIème siècle, qui sera la conquête sociale du quinquennat. Ce texte doit permettre et renforcer la négociation dans l’entreprise. Le Compte Personnel d’Activité est bien présent mais relégué au titre 3. Quant à l’ajout tardif de l’article 30 bis sur les licenciements économiques c’est une concession injustifiée au Medef, s’inspirant des législations espagnole ou italienne. Cet article est à réécrire. Mais les 61 principes élaborés par la Commission Badinter vont pour moi dans le bon sens : le principe du CDI, la hiérarchie des normes, le renforcement de la lutte contre le détachements sont de bons éléments. Finalement, c’est autant l’architecture que le contenu de ce projet de loi qu’il faut revoir. Disons-le, il y a une pression idéologique qui veut faire croire que le chômage est dû au code du travail. Il y a des rigidités, mais c’est le carnet de commandes qui fait l’embauche. Ce ne sont pas les mesures qui reviennent sur des droits des salariés qui font l’embauche, sinon le libéralisme aurait amené partout le plein emploi.

Est-il envisageable pour vous que cette loi soit adoptée via le 49.3 ?

On peut le critiquer ou le louer, mais cet article fait partie de l’arsenal de la Vème République. Il vaut mieux discuter avant de faire tomber le couperet. Mais je comprends l’intention du gouvernement, il ne faut pas faire trainer. On ne peut pas démissionner face au chômage.

Cette semaine, le PS a participé au comité d’organisation des primaires. Vous êtes vraiment pour ce processus ?

C’est la conclusion du tripartisme. Dans le bipartisme, il fallait rassembler au second tour. Aujourd’hui, il faut être au second tour. Il serait donc plus efficace qu’il y ait un candidat unique de la gauche. Si cette primaire sans préalable et sans préjugé permet de sélectionner le meilleur candidat de la gauche, c’est une bonne idée et il faut l’organiser. Je n’ai aucun souci. Je pense que le candidat le plus crédible par temps de crise est le Président de la République. Qui peut être le plus efficace, le plus équilibré dans une période de  crises multiples ? Ils ne sont pas légions à gauche. Car en 2017, il ne s’agira pas de témoigner mais de gagner. C’est clair depuis les régionales : les Français ne veulent pas de la solution Marine Le Pen, mais l’émiettement de la droite et la fragmentation de la gauche peuvent lui permettre de gagner la présidentielle. La primaire ne doit surtout pas être un moyen de purifier idéologiquement la gauche, soit en délimitant son périmètre, soit son calendrier. Laissons faire les électeurs.

Quel est, selon vous, le bon calendrier?

Je l’ai dit aux initiateurs de l’appel Notre Primaire, pour moi, elle doit avoir lieu à la fin de l’hiver, en décembre ou en janvier. Le Président de la République s’il était candidat n’aurait pas obligation de participer à tous les débats, il ne ferait pas le tour de France, il n’a pas de problème de notoriété ! On peut aménager les choses pour que chacun puisse se présenter. Et surtout, il faut que tout le monde s’engage à soutenir le vainqueur. Nul ne peut soutenir un autre candidat si le vainqueur ne lui plait pas, c’est le principe d’une primaire.

Jean-Luc Mélenchon a déjà déclaré qu’il était candidat à la présidentielle, la primaire se ferait sans lui ?

Nous préférons que ce soit la primaire de toute la gauche. Le Front de Gauche a éclaté, Pierre Laurent a l’air partant, Jean-Luc Mélenchon a l’air parti et Clémentine Autain est observatrice, il y a donc au moins trois positions.

François Hollande est-il d’accord pour y participer ? Êtes-vous ici son porte-parole ? 

Je ne suis pas son porte-parole quand je défends la primaire ni quand je critique la loi El Khomri. Je suis le premier des socialistes, je cherche une position qui allie valeurs et efficacité. Le Président n’est pas candidat, il n’a pas donné d’indication en ce sens. Pour lui, tout est ouvert. Mon rôle c’est de préparer les conditions pour que, quel que soit le candidat, il puisse choisir soit d’y aller, soit de se passer de cette primaire. Mon mandat c’est de rassembler les gauches et les écologistes, au candidat ensuite de décider.

Si le chômage ne baisse pas, François Hollande ne sera pas candidat. Dans ce cas-là, il y aura forcément une primaire ?

Oui. Ce n’est pas une candidature par calme plat. Il ne faut pas se payer de mots. Les Français ne tenteront pas une aventure, ils ne feront pas d’expérience, ils voudront être protégés. Mon rôle c’est d’aider un candidat à l’emporter. Mon problème, ce n’est pas la clarification, c’est la qualification. Car entre une extrême droite qui se banalise et une droite qui s’extrémise, la France serait en de très mauvaises mains.

Propos recueillis par Cécile Amar et Dominique de Montvalon

Sur le même sujet

J-C. Cambadélis : « Je n’ai jamais fermé la porte aux primaires », interview à La Montagne
Interview

J-C. Cambadélis : « Je n’ai jamais fermé la porte aux primaires », interview à La Montagne

La Montagne publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver...

« La primaire à droite, c’est une équipe de foot, l’émiettement est à droite » J-C. Cambadélis sur France Info
Interview

« La primaire à droite, c’est une équipe de foot, l’émiettement est à droite » J-C. Cambadélis sur France Info

Lundi 15 février, Jean-Christophe Cambadélis était l’invité de Jean-François Achilli sur France Info. Interrogé sur...

Interview de J-C. Cambadélis dans l’Observateur du Maroc et d’Afrique
Interview

Interview de J-C. Cambadélis dans l’Observateur du Maroc et d’Afrique

L’Observateur du Maroc et d’Afrique publie ce vendredi 19 février une interview de Jean-Christophe...