Pour une révolution féministe au Parti socialiste

Pour une révolution féministe au Parti socialiste

 

Depuis plusieurs mois, les dénonciations de harcèlements et d’agressions sexuelles se sont multipliées. Elles ont mis en lumière des comportements intolérables à l’intérieur même de notre formation politique. Or, nous ne le savons que trop bien, ces révélations ne sont que la partie visible d’une situation inégalitaire, dont les racines sont sociales et culturelles et les sources d’alimentation multiples.

Cette situation inégalitaire, n’a ni forme ni visage, mais se dote aujourd’hui de noms : ceux de femmes courageuses qui illustrent la contemporanéité révoltante d’un système qui devrait être révolu, et qui en appellent à notre responsabilité collective.

Dans ce combat, tout reste à faire ; et tant à dire. En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint. Toutes les six minutes, une femme est victime de viol ou de tentative de viol. Chaque année en moyenne 63 000 femmes sont violées et 223 000 sont victimes de violence conjugale physique ou sexuelle.

S’il n’existe pas de données chiffrées concernant les comportements inappropriés dans l’espace public, la vague récente de témoignages atteste de l’ampleur du phénomène.

Ces violences sont les manifestations les plus visibles des inégalités femmes-hommes. Phénomènes auto-entretenus, leurs ressorts font l’objet d’une littérature fournie. Les inégalités symboliques, politiques, monétaires ou domestiques que subissent les femmes sont doublement à l’origine de ces violences : relevant de tous les aspects professionnels et citoyens de vie de femme, elles alimentent un état qui se voudrait de fait ; parfois contestées dans leur réalité, elles nourrissent une position de faiblesse des femmes, notamment vis-à-vis de leur agresseur. Les inégalités femmes-hommes entravent leur parole et leurs initiatives, contestent leurs libertés et contrarient la quête d’une égalité réelle et effective.

Il est urgent de répondre à ce signal d’alarme et de nous interroger collectivement sur nos comportements. Des courants féministes se sont fait les hérauts depuis de nombreuses décennies de ces combats. Les débats issus des courants #MeToo et BalanceTonPorc ont montré qu’il n’existait pas un féminisme mais des féminismes.

En souhaitant s’emparer de ce sujet, un parti politique ne doit pas se substituer à ces luttes ou encore moins s’accaparer leurs sujets. Il est néanmoins de la responsabilité d’un parti progressiste et socialiste de considérer ces sujets comme prioritaires et d’apporter des réponses politiques à des injustices sociales 

1. Faire du PS un parti exemplaire en termes d’égalité entre les femmes et les hommes

Notre parti a été bouleversé par une question de société majeure qui touche l’essence même de nos valeurs. Cette affaire de harcèlement et de viol a heurté de plein fouet notre organisation qui avait pourtant fait de la question des droits, de la protection et de l’émancipation des femmes une priorité. C’est pourquoi nous pensons que ce congrès ne peut passer à côté de la question de l’égalité femmes-hommes. Les militant.e.s ne comprendraient pas que notre formation, ébranlée comme elle l’a été, n’en tire toutes les conséquences. Parce-que nous sommes progressistes, nous voulons faire du Parti socialiste un parti exemplaire et innovant sur la question de l’Égalité. Le combat contre les violences faites aux femmes doit également être mené à l’intérieur de notre formation politique et le Parti doit aller plus loin en proposant des mesures innovantes pour agir sur le système des représentations.

Cette prise de conscience passe avant tout par la formation de nos militant.e.s, cadres et élu.e.s. Des modules de formation devront être dispensés lors des sessions des universités permanentes du Parti. En effet, pour mieux protéger les potentielles victimes, il est nécessaire de pouvoir prendre en compte les signaux faibles de la maltraitance. Pour agir contre les représentations sexistes, il faut connaître les ressorts de la domination masculine. Des responsables politiques sensibilisé.e.s à ces questions seront en mesure de concevoir leurs actions, leurs politiques et leur communication sous le prisme de l’égalité.

En outre, au sein du parti, devront être nommés des référents hommes-femmes dans les fédérations pour traiter et agir sur les situations de violences sexistes et sexuelles. Ce dispositif en interne s’articule avec une cellule d’écoute externe indépendante pour orienter, soutenir et accompagner les victimes dans leurs démarches.

De plus, les statuts rénovés de notre formation devront intégrer un mécanisme préventif pour éloigner les agresseurs de leurs potentielles victimes en l’attente d’une décision judiciaire. La commission des conflits sera chargée de prononcer les suspensions.

Enfin, le Parti s’engagera à répartir équitablement les responsabilités entre les femmes et les hommes, au-delà de la simple application du principe de parité (fonctions nationales/fonctions fédérales). Il n’est pas normal que les femmes soient cantonnées à des sujets sociaux ou sociétaux (culture, justice, éducation) tandis que l’on confie plus souvent aux hommes des fonctions stratégiques ou comptables (défense, budget, finances publiques). Les militantes qui le souhaitent pourront également bénéficier de programmes d’empowerment. Une responsable politique mieux accompagnée et soutenue sera confiante pour prendre la parole dans des assemblées encore trop masculines.

2. Faire progresser l’égalité réelle

Le Parti socialiste est la formation politique qui a le plus œuvré pour l’égalité femmes-hommes. Les socialistes ont fait du respect des droits des femmes, de la lutte contre les violences sexistes, sexuelles et physiques, une priorité de leurs politiques.

Sous le précédent quinquennat, une réponse législative a été apportée pour endiguer le harcèlement, dans les transports en commun notamment. La loi du 6 août 2012 relative au harcèlement sexuel a permis d’élargir et de préciser ce délit et renforcer les sanctions à l’encontre des harceleurs. La loi du 4 août 2014 sur l’égalité réelle, quant à elle, s’est efforcée d’apporter davantage de protection aux femmes contre les violences physiques (renforcement de l’ordonnance de protection, éviction systématique du conjoint violent, priorité donnée au maintien de la victime dans le logement du couple, création d’un numéro d’urgence le 3919). Ces mesures montrent déjà leurs effets sur le terrain.

Pour assurer la pérennité et le renforcement de ces outils, il est nécessaire d’accroitre les dotations budgétaires accordées à l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi que l’enveloppe interministérielle dédiée à cette lutte. En effet, de nombreuses associations, qui mènent un travail de terrain remarquable, voient leurs initiatives contraintes par des questions financières. L’État doit s’engager à leurs côtés et financer les dispositifs de prévention et de sensibilisation. Il est également indispensable de rendre à ce combat un ministère de plein et entier exercice pour développer sa visibilité et son influence.

Les inégalités, qu’elles soient symboliques, politiques, salariales ou domestiques, placent les femmes dans une situation de vulnérabilité et freinent leur émancipation. L’égalité professionnelle est un des éléments centraux du combat à mener. Les femmes, généralement plus diplômées que les hommes, sont en moyenne moins bien rémunérées à poste égal. Elles sont plus susceptibles d’être embauchées dans des emplois précaires ou à temps partiel. Leur trajectoire professionnelle diffère également et elles accèdent moins facilement à des postes à responsabilités que leurs homologues masculins. L’organisation actuelle du travail est en partie responsable de cette différence de traitement : le phénomène de présentéisme, l’exigence de disponibilité permanente, les réunions organisées en fin de journées sont autant d’éléments qui pénalisent les femmes. A nous de lutter pour rendre l’égalité salariale effective, à nous d’œuvrer pour que la conciliation entre vies familiales et professionnelles soit rendue possible, à nous de nous ériger contre la reproduction encore courante de préjugés sexistes qui empêche les femmes de progresser dans leur travail. L’instauration d’un congé paternité obligatoire peut constituer une première étape de ce cheminement. L’ouverture de nouvelles places de crèches, la mise en place de modes de garde à l’intérieur même des entreprises pourraient également améliorer la conciliation entre vie familiale et professionnelle.

Le PS doit également s’engager pour mettre fin aux discriminations qui touchent certaines familles. L’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de mêmes sexes a constitué une première étape. Il est désormais temps d’ouvrir la PMA à toutes les femmes.

3. Faire progresser le combat féministe

Pour continuer à être en pointe dans le combat féministe, le Parti socialiste doit retrouver les liens qu’il entretenait autrefois avec le monde universitaire et associatif. En effet, les recherches sur le genre et la domination masculine sont devenues ces dernières années un axe de réflexion majeur dans les universités françaises et européennes. Le futur parti devra s’investir sur le champ théorique et tisser des liens avec les spécialistes de la question. Leurs riches travaux permettront de mieux comprendre la société et d’enrichir notre réflexion. Nous devrons également réinvestir le champ associatif, développer des actions en commun ainsi que convier les responsables dans nos fédérations pour bénéficier de leur expertise et de leur connaissance du terrain.

Le futur Parti socialiste devra enfin œuvrer pour le féminisme à l’échelle internationale. Notre formation doit s’engager, aux côtés de nos camarades membres du PSE Femmes, à faire de cette cause une priorité en Europe. Nous nous reconnaissons pleinement dans la Déclaration de Paris («A Progressive Vision for Gender Equality and Women’s Rights in Europe») qui milite pour l’égalité et l’émancipation des Femmes, qui promeut les droits sexuels et reproductifs et qui s’engage pour la protection des femmes et des jeunes filles qui fuient des zones de guerre.  Cet engagement est d’autant plus nécessaire car les droits des Femmes en Europe y sont régulièrement menacés. De nombreuses forces rétrogrades tentent de remettre en cause les avancées en matière d’égalité femmes-hommes, notamment le droit des femmes à disposer de leur corps. En Pologne, par exemple, le gouvernement ultra-conservateur mène depuis de nombreux mois une offensive contre l’IVG.

La ratification de la Convention d’Istanbul par la France a constitué une première étape de ce combat européen, mais tout reste encore à faire. Nous devons œuvrer à une prise de conscience universelle en militant pour une ratification de la convention par le plus grand nombre de pays possible. Le féminisme est un universalisme et il ne peut se satisfaire d’une émancipation partielle ou cantonnée aux pays occidentaux.

Le congrès d’Aubervilliers des 7 et 8 avril constitue une occasion historique pour rénover nos pratiques et enrichir notre ligne politique. La thématique de la lutte contre les violences faites aux femmes et du combat pour l’égalité réelle doit être au centre de ce processus de refondation. Sans un changement profond des mentalités, une éducation non-sexiste dès le plus jeune âge et une réponse des pouvoirs publics adaptée, les inégalités perdureront que ce soit dans les sphères publique, économique et privée. Notre mobilisation doit être collective, c’est un enjeu majeur pour une société plus juste et plus égalitaire.

Signataires :

Rita Maalouf, Secrétaire nationale en charge de l’égalité H/F et de la parité, membre du Bureau National

Les membres du bureau de l’exécutif du Parti Socialiste Européen femmes

Ghislaine Toutain, ancienne député PS