« Ce sel présidentiel au gout amer »

« Ce sel présidentiel au gout amer »

Retrouvez la lettre de Jean-Jacques Thomas, maire de la commune d’Hirson (02) et Premier secrétaire fédéral de l’Aisne, à Emmanuel Macron.

« Ce sel présidentiel au goût amer »

Lettre d’un Maire à Emmanuel Macron.

Monsieur le Président,

Dans votre interview donnée au « Point », vous regrettez que les Français se soient « résignés à une vie démocratique sans sel ». Si vous aviez assumé un mandat local, vous sauriez que la vie de Maire, elle, n’en manque pas. Même si, aujourd’hui, l’assaisonnement a, davantage, le goût de l’amertume, fruit d’un quotidien que vos décisions rendent désormais insupportables aux plus fragiles et aux plus faibles.

J’ai voté pour vous. Au second tour, pas au premier. Au second, pour barrer la route à l’Extrême-Droite. Les emplois aidés qui l’on fait dès le 23 avril ne savaient pas qu’ils tiraient en même temps un trait sur leur avenir, sur leur insertion professionnelle à 680 € par mois. Ils coûtent trop chers leur ont expliqué votre Ministre du Travail et votre Premier Ministre. Le sel de la vie démocratique qui vous est cher brûle aujourd’hui la plaie ainsi ouverte. Aussi béante que la fracture sociale que Jacques Chirac s’était promis de réduire en 1995 et qui lui valut, faute de l’avoir fait, de subir une cohabitation-sanction.

Toujours dans « Le Point », vous dressez le constat lucide que notre pays ne peut pas fonctionner si les Français n’ont plus confiance dans leur dirigeants et leurs institutions. Vous avez raison. En votant pour vous, les contrats aidés ont placé leur confiance dans la parole présidentielle qui leur promettait le travail, donc la dignité de la fiche de paie par la prolongation d’un contrat qui leur assurait jusqu’à cinq ans dans la même collectivité à condition qu’ils se forment et la servent de leur mieux. Ils l’ont fait. A 58 et 59 ans, ils caressaient le rêve – insensé et fou – qu’ils ne finiraient pas chômeur. Leur salaire, ils ne pensaient pas le placer et thésauriser. Non, il leur servait uniquement à vivre. Chaque mois, consciencieusement, ils le dépensaient, petite fourmi de la croissance.

Oui, en ne renouvelant pas leurs contrats d’utilité publique, Monsieur le Président, vous brisez leurs rêves en même temps que vous les brisez. Vous voulez vous attaquer au chômage de masse et vous commencez par y renvoyer ces hommes et ces femmes pour lesquels la seule échappatoire à Pôle Emploi et au RSA était, justement, la prolongation de leur CAE/CUI, la formation par le travail au sein de la commune, ce premier échelon de la démocratie locale. Petite ou grande, la commune ne saurait, en effet, se limiter à la loi de l’offre et de la demande qui régit l’entreprise. Pas le service public.

Lorsqu’on vous interroge sur la disparition des contrats aidés, vous en revenez à votre régime sans sel, aux droits abstraits. Malheureusement ceux perdus par ces 280 000 sacrifiés – 27 dans ma ville – sont bien réels et si les emplois aidés ont un coût – moins élevé cependant que les emplois créés par le CICE – la dignité de ces hommes et de ces femmes, elle, n’a pas de prix.

Jean-Jacques THOMAS.

Maire d’Hirson.