« Socialistes, gardez votre sang-froid ! », interview au Parisien

Le Parisien publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire en intégralité ci-dessous :

Craignez-vous une hémorragie socialiste vers Emmanuel Macron ?

Certes il y a des critiques, mais Benoît Hamon est issu d’une primaire de la gauche qui a recueilli 2 millions de voix et il n’est jamais bon de s’asseoir sur un vote.

Quelles sont ces critiques ?

La première vient de ceux qui veulent enrichir ou infléchir le programme par rapport à celui présenté à la primaire. Et j’en suis. Il y a ceux, ensuite, qui sont pour le vote utile. Voter Macron pour faire battre le Front national. La question n’est pas illégitime. Mais nous serons tous pour le candidat républicain au deuxième tour. Le vote utile, c’est à ce moment là. Mais est-on bien sûr qu’un homme, si brillant soit-il, peut défaire à lui seul Marine Le Pen ? D’autant que la droite est chauffée à blanc. Elle ne veut pas se faire voler la victoire. Se reportera-t-elle ? Aux Etats-Unis, la coupure entre Hillary Clinton et Bernie Sanders a été désastreuse face à Donald Trump. Veut-on la reproduire ici ? Et est-on certain que l’alliage autour de Macron, qui va d’Alain Madelin à Robert Hue, soit assez solide pour contrer le vote FN ? Que gommer le clivage gauche/droite au profit du clivage ouvert/fermé face à la mondialisation soit gagnant ? Alors pourquoi se précipiter et charger la barque Macron au risque de la faire chavirer ? A tout prendre si le danger est là, pour sauver la République, il vaudrait mieux alors plaider pour l’union nationale sans défaire le PS.

Certains socialistes se rallient aussi par conviction. Que leur dites-vous ?

Peut-on soutenir sans conditions, comme Bertrand Delanoë le propose, Emmanuel Macron? En sachant qu’il remet en cause l’autonomie de gestion des collectivités locales en supprimant la taxe d’habitation, s’attaque au paritarisme des syndicats à l’Unedic ou propose que les directeurs des écoles embauchent eux-mêmes les enseignants ? Sans parler de la fin programmée du compte pénibilité. Je dis à tous les socialistes tentés par Macron de garder leur sang-froid.

Que doit faire Benoît Hamon pour tenter de décoller ?

Je rappelle qu’il est passé de 6% à 16% en un mois mais il doit maintenant se tourner vers les Français. Ce qu’il a fait pendant les primaires et qui a séduit. Dans le programme qu’il va présenter dans quelques jours, on doit retrouver les repères de toutes les gauches et de tous les écologistes.

Y compris le revenu universel ?

Il va devoir y apporter quelques éclaircissements, préciser quelles en seront les étapes.

Etes-vous d’accord avec le positionnement plus radical de Benoît Hamon ?

Mais ce positionnement n’a pas de sens. Lorsque vous êtes le candidat de la « Belle alliance populaire » élargie aux écologistes, vous êtes le candidat de toutes les gauches et de tous les écologistes. Dans un rassemblement, il faut que tout le monde trouve sa place.

Mais les réformateurs partent pourtant?

N’exagérons rien, ils sont encore tous là. Le PS ne doit être ni le partenaire junior d’Emmanuel Macron ni le partenaire sénior de Jean-Luc Mélenchon.

Vous ne craignez pas une implosion du PS tiraillé entre ces deux pôles ?

Je vois bien qu’on souhaite l’éclatement du Parti socialiste. Mais je pense que notre formation y résistera. Dans la victoire ou la défaite le PS pèsera, croyez-moi.

Il peut avoir un dégonflement du PS au profit de En Marche !…

Nous sommes passés du bipartisme au tripartisme et désormais au multipartisme. Il est quasiment impossible qu’un président élu sur la base de «Tout sauf Marine Le Pen » puisse avoir une majorité absolue. Si le PS est victorieux, il devra constituer une coalition autour de Hamon et s’il est minoritaire, il devra s’interroger sur une participation à une coalition.

Emmanuel Macron, à l’instar de François Mitterrand en 1971, ne peut-il pas devenir le pivot de cette coalition ?

Emmanuel Macron ne cherche pas à construire un parti politique se substituant au PS, mais à gagner l’élection présidentielle en rassemblant les centres et siphonnant la droite.

Benoît Hamon peut encore gagner, selon vous ?

Tout est possible y compris une victoire du Front National.

Propos recueillis par Jannick Alimi