Écoles : le déconfinement ne doit pas accentuer les inégalités du confinement

Yannick Trigance, secrétaire national à l'Éducation et l'Enseignement supérieur

 

Devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, le ministre Blanquer a présenté son plan de reprise des cours. Au terme de son audition, il n’a toutefois pas su rassurer la communauté éducative, ni les élus locaux, après l’annonce surprise par le président de la République d’une réouverture progressive des écoles à partir du 11 mai prochain. 

L’exercice souffre d’abord d’un manque de concertation. Les syndicats enseignants et les fédérations de parents d’élèves, ou encore les représentants des collectivités locales, ont découvert aujourd’hui un plan déjà bien avancé et très élaboré auquel ils n’ont pas été associés. Le ministre Blanquer renoue avec sa fâcheuse habitude de décider de tout, tout seul, et de mettre les partenaires devant le fait accompli. Cette méthode nous conduit à l’échec, la réouverture des écoles, collèges et lycées nécessite la participation de l’ensemble des acteurs éducatifs. Nous demandons au ministre d’installer de manière urgente ce dialogue.

Le ministre n’a pas répondu aux inquiétudes des parents, des enseignants et des personnels s’agissant des conditions sanitaires de la reprise des cours. Sans réponse précise sur la mise à disposition de masques, de gels hydro-alcooliques, la pratique de tests ou les conditions de respect des gestes barrières par les élèves, la réouverture des écoles sera compromise. Nous demandons la mise en place d’un protocole sanitaire clair et nous sollicitons un avis du conseil scientifique pour conforter la modélisation retenue par le ministre.

Nous rappelons au ministre que le confinement a été une source d’inégalités et que le déconfinement ne doit pas les accentuer. Comment s’assurer que la réouverture bénéficie effectivement en priorité aux élèves décrocheurs et de l’éducation prioritaire ? Que deviennent les élèves des établissements ne remplissant pas les conditions sanitaires d’une réouverture ? Nous demandons au ministre d’apporter rapidement des précisions sur plusieurs points restés flous dans sa présentation. Que doit-on comprendre encore quand le ministre Blanquer reconnaît que des familles « ne voudront pas souhaiter renvoyer leurs enfants à l’école » mais que ceux-ci seront soumis « à l’enseignement à distance » ? Nous rappelons au ministre que l’école est obligatoire et qu’il n’est pas possible d’y déroger à la sortie du confinement.

Enfin, nous alertons le ministre Blanquer sur les dérives de son plan qui, sous prétexte de donner des marges de manœuvre aux établissements, fait en réalité peser le poids de la réouverture des écoles sur les collectivités locales, par exemple en décidant de la mise en place d’activités périscolaires. Cette méthode n’est pas acceptable. Nous demandons à l’État de ne pas à se défausser de ses responsabilités sur les collectivités et de ne pas décider à la place des élus locaux.

Le Parti socialiste souhaite la réouverture des écoles, collèges et lycées, et nos élus locaux y travaillent déjà. Mais ce ne sera pas à n’importe quel prix. Des garanties doivent être apportées par le gouvernement pour tenir l’objectif fixé de manière unilatérale par le président de la République.  

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