Le teasing n’en finit plus. Ponctué par l’instauration d’un climat anxiogène et d’une dramatisation des enjeux, par des rencontres avec l’ensemble des formations politiques (y compris le Rassemblement national), par de nouveaux ballons d’essai libéraux, par la mise en scène de l’implication d’un Président de la République en mal de leadership. Enfin, le 15 juillet, le Premier ministre fera des annonces budgétaires !
La situation budgétaire de la France est très dégradée et les différentes crises qu’a traversé notre pays depuis 2017 n’y sont pas pour rien. Mais notre trajectoire fiscalo-budgétaire est avant tout liée à une stratégie inconsidérée et dangereuse de désarmement fiscal mise en œuvre par Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs.
40 milliards d’euros, c’est ce que François Bayrou annonce avoir besoin de trouver en 2026 pour stabiliser la trajectoire du déficit du pays. Pourtant 60 milliards de recettes fiscales ont été détruites chaque année depuis 2017, sans que le « ruissellement » ne produise le moindre effet.
La démarche libérale mise en œuvre est une démarche idéologique de contraction des moyens de la puissance publique. Elle aboutit à une réduction du champ d’action de cette puissance publique. En réalité, nous assistons au démembrement d’un Etat qui n’aurait plus les moyens d’agir pour jouer son rôle de régulation des rapports sociaux et économiques. C’est l’organisation budgétaire et politique de la loi du plus fort !
Dans un tel contexte, que va annoncer le Premier ministre ? Aucun rééquilibre fiscal à n’en pas douter. Année après année, le gouvernement s’enferre dans ses difficultés en refusant de reconnaitre ses erreurs passées et de les corriger.
Même la fameuse contribution différentielle sur les hauts patrimoines promise l’an dernier par la ministre des Comptes publics ne devrait pas voir le jour, où alors dans une version tellement réduite à la portion congrue qu’elle n’aurait aucun impact budgétaire réel. Il n’y aura pour 2026 aucun rééquilibrage fiscal assis sur les plus aisés et sur les acteurs économiques les plus rentables.
Au contraire, deux options sont évoquées. Celle de la TVA dite sociale, qui reviendrait à renforcer le caractère déjà très fortement anti redistributif de la fiscalité de la consommation en France, au détriment des plus modestes. Et celle de l’année blanche. Ce qui reviendrait à geler la réévaluation des pensions de retraite, des prestations sociales, des aides aux logement… Une nouvelle fois, les plus précaires seraient pénalisés.
Quid de la recherche d’économies budgétaires ? Le gouvernement estime pouvoir trouver 40 milliards d’économies pour 2026. Ce chiffre n’est absolument pas crédible après des années de rabots budgétaires appuyés. Même la majorité de droite du Sénat, pourtant très fortement marquée par une idéologie libérale, n’est pas parvenue à identifier, dans des travaux ayant duré plusieurs mois en 2025, un tel montant d’économie. Et ce malgré un acharnement à démanteler les politiques publiques de tout ordre.
Faire croire que seuls les rabots budgétaires et les économies d’échelle sur les politiques « dépensières » seraient la solution à tous nos maux est une erreur économique et un mensonge délibéré.
Le Parti Socialiste a toujours été attaché à la bonne tenue des comptes publics. Il l’a démontré à chaque fois qu’il a été en responsabilité, au niveau national comme au niveau local. C’est à l’aune de cette crédibilité budgétaire que nous pouvons affirmer que, s’il existe des sources d’économie budgétaires, elles ne sont pas à chercher en rabotant les politiques publiques à vocation sociale ou environnementale.
Un récent rapport du Sénat estime à 211 milliards d’euros annuels les aides aux entreprises en France. C’est là qu’il conviendrait de regarder les économies envisageables.
Mais François Bayrou n’annoncera rien de cela. Alors que le récent rapport de l’Insee atteste de la crise sociale majeure que traverse le pays, son gouvernement de fin de règne continuera malheureusement de jouer au pompier pyromane et de refuser toute inflexion d’une politique dont les dégâts sont pourtant visibles chaque jour.
Il est urgent de remettre à plat la politique fiscale française afin de bâtir un nouveau pacte social pour répondre aux enjeux de notre temps.
Brice GAILLARD, Secrétaire national aux finances
Florence BLATRIX-CONTAT, Secrétaire nationale aux comptes publics