Ecole de la « Confiance » ou de la « Défiance » ?

Le Ministre Blanquer vient de donner des éléments chiffrés sur le budget 2019 de l’Education nationale.
Force est de constater que l’Education ne figure plus au rang des priorités de l’actuel gouvernement, de la maternelle au lycée :
– Dans le premier degré : si le Ministre annonce la création de 1 800 postes, on est en droit de penser que les choses devraient aller mieux.
Il n’en est rien : la mise en place des CE1 à 12 en REP+ et REP (Réseau d’Education Prioritaire) représente à elle seule la bagatelle de 4 100 postes, le Ministre devant alors trouver environ 2 300 postes en plus des 1 800 créés.
Où va-t-il les prendre si ce n’est sur le dispositif « plus de maîtres que de classes » (PDMQDC) ou sur la scolarisation des enfants de moins de trois ans, l’annonce de l’obligation scolaire à 3 ans servant alors de contre-feu ?
Par ailleurs, mettre en place des classes à 12 élèves ne peut être bénéfique dans le temps qu’à la condition de maintenir cet effectif au moins sur un cycle complet (donc jusqu’en CE2) et sans avoir des classes de CE2, CM1 et CM2 surchargées comme cela est souvent le cas.

– Dans le second degré : malgré une augmentation des effectifs de 30 000 élèves, ce sont 2 650 postes qui vont disparaître. Le Ministre pense avoir trouvé une parade en remettant au goût du jour les fameuses heures supplémentaires du « travailler plus pour gagner plus » chères à Nicolas Sarkozy – et à son ancien DEGESCO…Jean-Michel Blanquer – pour combler ces suppressions de postes avec une dotation budgétaire annoncée de 65 millions d’euros.
Là encore il convient d’être transparent : la suppression de 2 650 postes équivaut en heures supplémentaires à 132 millions d’euros : il manque alors 67 millions d’euros. Les heures supplémentaires budgétées ne couvriront donc pas les 2 650 suppressions de postes et les conditions d’encadrement des élèves dans le second degré vont se dégrader.

Enfin, l’augmentation de 850 millions d’euros annoncée par le Ministre traduit une stagnation en volume, puisqu’elle équivaut à 1,7%, soit le taux d’inflation, voire même une régression puisque l’intégration du coût des Auxiliaires de Vie Scolaire Handicap correspond à elle seule à 213 millions d’euros, d’où une augmentation réelle de 637 millions d’euros et non de 850 millions d’euros comme présentée par le Ministre.
Les perspectives d’avenir viennent assombrir ce tableau déjà inquiétant au sens où les concours de recrutement 2019 supprimeront 12 276 postes par rapport aux concours de 2018.

Les effets d’annonce ne résistent pas à la réalité car l’analyse détaillée des chiffres montre que ce budget de l’Education 2019 est un budget de régression : plus d’élèves, moins de postes, un transfert de postes du second vers le premier degré et des perspectives bien sombres avec des concours qui recrutent moins.

Décidément, le destin de l’Ecole est aujourd’hui davantage sous l’emprise de Bercy que sous le dynamisme de la rue Grenelle, pourtant indispensable à la réussite de tous nos jeunes.

Et « l’Ecole de la confiance » chère au Ministre Blanquer, s’est muée en une « Ecole de la défiance ».