« La justice au coeur » – Discours prononcé lors du Rassemblement des secrétaires de section 2016

Chers camarades, chers amis,

Avec la protection des Français contre le terrorisme, l’action pour l’emploi et contre les inégalités est au cœur de notre feuille de route pour 2016. Je voudrais, en quelques coups de projecteur, vous parler de notre engagement pour une société plus juste, de notre engagement et de notre rassemblement.

Il y a un peu plus d’un an, à l’issue de nos états généraux, dans notre charte pour le progrès humain, nous réaffirmions : « pas d’humanité libre sans individus libérés des inégalités de situation, de revenus, de destin ».

Il y a un peu plus d’un mois, au soir du second tour des régionales, le Premier secrétaire fixait ce mot d’ordre : « mettons toutes les énergies du pays, disais-tu Jean-Christophe, toute notre efficacité, toute notre volonté pour faire barrage aux inégalités. C’est une grande cause nationale ».

Cette grande cause, pour laquelle nous proposons et nous agissons, cette grande cause des socialistes, cette grande cause de la patrie républicaine, cette grande cause de toujours et d’aujourd’hui, c’est l’égalité.

L’égalité est notre cause car sur la planète les inégalités ne font jamais de pause.

Bien sûr, au cours des dernières décennies, les conditions de vie se sont améliorées pour des centaines de millions de femmes et d’hommes, qu’il s’agisse de l’accès à l’eau potable, du recul de la mortalité infantile, de la scolarisation au primaire. Mais que d’écarts ! Tant de pays souffrent des guerres et de leurs carnages, des économies désorganisées et de leurs dommages, du réchauffement climatique et de ses ravages – voilà pourquoi l’accord issu de la COP 21, fierté humaine et fierté française, est aussi un pacte contre les inégalités !

Ecarts dans un monde qui n’a jamais été si riche, entre l’Olympe de ceux qui ont tant et parfois qui ont tout et les autres, et la vie vécue des classes modestes et moyennes. Une ONG vient d’établir que les 62 personnes les plus fortunées du globe possèdent autant que les 3,5 milliards de femmes et d’hommes les plus pauvres.

Les inégalités traversent aussi l’Europe. Parce qu’un jeune sur cinq y est sans emploi, la France s’est battue pour la « garantie jeunesse ». Et dans l’Union qui compte 80 millions de pauvres, c’est la mobilisation des socialistes et des sociaux-démocrates qui a sauvé l’aide alimentaire pour les plus démunis au terme d’un bras de fer avec les conservateurs. Ce combat pour plus de justice en Europe, c’est aussi le combat contre l’extrême droite. Elle cherche à tirer profit électoral des inégalités, alors même que de tout temps, en tout lieu et à tout propos, son idéologie est inégalitaire.

La France est une idée et au cœur de cette idée, il y a l’égalité.

Au fil des décennies, des droits individuels et des solidarités collectives ont fait reculer les injustices. C’est la santé, c’est l’école, c’est la retraite, c’est le progrès social auquel la gauche est pour beaucoup. Par des luttes et par des lois. Depuis toujours et depuis 2012. Stéphane Le Foll y reviendra tout à l’heure.

En ce début d’année, trois progrès – disons-le, redisons-le ! – sont devenus réalités : la complémentaire santé ouverte à tous les salariés, la prime d’activité pour les travailleurs aux revenus modestes dont les 18-25 ans, ainsi que la protection maladie universelle qui évitera la rupture des droits en cas de divorce, de changement de situation professionnelle, de déménagement.

Ces avancées, c’est pour les Français que nous les avons portées, c’est pour les ouvriers, les employés, les travailleurs modestes, les jeunes qui galèrent, les retraités précaires que nous les avons votées. Ces avancées, à l’Assemblée nationale, la droite n’a eu de cesse de les brocarder, de les entraver, rebaptisant du nom d’assistanat ce qui pour nous s’appelle justice. Face à la droite et à son projet frontal de casse du modèle social, nous le disons : la France, c’est l’esprit de Marianne, pas la nostalgie de Reagan.

Oui, dans notre pays, c’est la puissance publique, et d’abord l’Etat redistributeur, qui réduit les inégalités. Mais voilà qu’il doit remplir sa mission dans un contexte inédit, qu’il combat le chômage, le mal logement, la relégation territoriale, la pauvreté, alors que les finances publiques sont contraintes, que la croissance en Europe est trop modeste, que de nouvelles puissances s’affirment dans la mondialisation, qu’une nouvelle révolution technologique bouleverse les modes de production, d’organisation du travail, de consommation. Ces données, ces défis, impliquent à la fois de réaffirmer, de renforcer et parfois de repenser nos outils contre les inégalités. C’est le sens de cette journée et du rapport d’Emeric Bréhier.

C’est pourquoi, aux responsabilités du pays depuis 2012, nous agissons contre les inégalités sur trois fronts – trois fronts indissociables et que nous seuls, les socialistes, la gauche, pouvons associer. Ces trois fronts sont l’investissement pour l’économie, le renforcement des solidarités, l’accomplissement des individus.

L’investissement pour l’économie, c’est le front de la compétitivité et c’est l’enjeu de l’emploi car la première des inégalités, c’est le chômage. Parce que le travail, c’est une source de revenu, mais aussi une place dans la société, la possibilité de faire des projets pour soi-même et les siens. Voilà pourquoi nous avons engagé, dès le début du quinquennat, la bataille de la production, agriculture, industrie, services, mais aussi PME et grands fleurons, start up et ETI. Les marges de nos entreprises retrouvent leur niveau d’avant crise et leurs performances à l’export s’améliorent : ce redressement doit maintenant se traduire en embauches. La croissance est à son plus haut niveau depuis quatre ans, mais elle n’est pas encore assez robuste pour faire diminuer le chômage durablement. Il faut la conforter, la muscler.

C’est pour l’emploi que nous renforçons les capacités d’investissement de l’économie. Investissement pour innover et affronter la compétition internationale – c’est la BPI, c’est le CICE, les plans de la nouvelle France industrielle. Investissement pour soutenir l’activité : nous plaidons aussi pour une politique des grands travaux dans le numérique et la transition énergétique – le Chef de l’Etat a annoncé un programme pour la rénovation thermique des bâtiments et la croissance verte. Et puis investissement encore pour offrir de nouvelles chances aux demandeurs d’emploi et aux jeunes sans qualification par la formation, la professionnalisation, l’apprentissage, l’initiative « Territoires zéro chômeurs de longue durée » proposée par notre ami Laurent Grandguillaume et expérimenté dans 10 territoires du pays – j’ajoute l’enseignement professionnel et technologique essentiel pour le pays et son industrie.

Si nous voulons une économie forte, c’est pour bâtir une société juste.

Une société juste, c’est une société qui aide la jeunesse à construire sa vie : voilà pourquoi, pour nous, l’éducation est le premier sujet, le premier projet et le premier budget.

Une société juste, c’est une société de l’accès pour tous. L’accès au logement : des efforts ont été faits, d’autres doivent venir. Le rapport de la Fondation Abbé Pierre vient de rappeler à leur responsabilité tous les acteurs du logement ainsi que la puissance publique, pour produire plus de logements accessibles et modérer les coûts pour se loger : c’est, notamment, le mandat que vient de fixer le Président de la République à la Caisse des Dépôts.

Une société juste, c’est une société qui fait de l’accès à la santé une priorité. Depuis 2012, nous agissons pour la prévention, contre les déserts médicaux, nous redressons les comptes de la sécurité sociale dégradés par la droite. N’oublions jamais que si elle a toujours creusé les déficits sociaux, c’est parce que la droite a toujours préféré le marché à la solidarité. Cette année, le tiers payant généralisé va se mettre en place, notamment pour les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladies graves, avant de se déployer en 2017. Soyons-en fiers.

Une société juste, c’est une société qui affirme le rôle citoyen de l’impôt, qui fait participer davantage les plus fortunés à l’effort de redressement des comptes publics, qui, quand des marges de manœuvre sont retrouvées, réduit l’impôt pour les ménages aux revenus modestes et moyens : au total, les deux tiers des foyers qui payent l’impôt sur le revenu auront bénéficié des baisses décidées depuis 2014.

Une société juste, c’est celle qui lutte contre la pauvreté, l’isolement, les discriminations. De cette grande cause, ensemble, nous allons débattre de dimanche.

Enfin, nous voulons pour que chacune et chacun ait toutes les chances de conduire sa vie, de s’accomplir. C’est un enjeu essentiel pour la gauche du 21ème siècle, un siècle où les inégalités sont plus complexes qu’autrefois, quoique tout aussi inacceptables. Elles ne sont pas seulement financières, il existe des inégalités criantes entre les territoires selon qu’on habite en centre-ville, dans le péri-urbain ou en zone rurale ; des inégalités entre un salarié de très grande entreprise et celui d’une PME de la sous-traitance ; des inégalités face à la mobilité, pour se déplacer, à l’autre bout de sa région ou du pays, pour accéder à l’information, via le numérique, pour rechercher un emploi, trouver une formation, visionner un cours à l’université, faire valoir ses droits.

Les ressources mobilisées ne sont pas toujours le seul enjeu – la preuve : pour le logement ou la formation professionnelle, peu de pays développés dépensent en proportion autant que le nôtre. Contre les inégalités, l’efficacité passe par la redistribution, mais pas seulement : sont nécessaires des politiques publiques plus personnalisées, territorialisées, simplifiées, avec des droits attachés aux individus tout au long de la vie et pas seulement à un moment donné, une fois les inégalités survenues.

Un exemple : la sécurisation des parcours professionnels. Dans un monde qui bouge, les travailleurs seront amenés à changer d’emploi, parfois de métier. Notre devoir est d’anticiper ces mutations pour qu’elles ne soient pas demain source d’anxiété ou de précarité, mais de sécurité et de continuité – sécurité des droits, continuité des expériences. Voilà pourquoi nous proposons le compte personnel d’activité. Le Président de la République l’a annoncé, les partenaires sociaux sont saisis, le Parlement en débattra bientôt et nous, Parti socialiste, l’avons appelé de nos vœux collectivement, parfois depuis longtemps. L’idée, c’est que chaque salarié rassemble les droits accumulés dans sa vie professionnelle – formation, épargne salariale, acquis de l’expérience – et puisse les utiliser pour suivre une formation, bâtir un projet personnel, créer une entreprise, préparer sa retraite. En cette année des 80 ans du Front populaire, nous voulons créer la sécurité sociale professionnelle. Cette conquête fera date dans l’histoire de la République sociale.

Mes camarades, face aux inégalités, oui, nous avons fait et oui, et il reste à faire. Nous y parviendrons en conjuguant l’individu et le collectif, le développement économique et écologique, la démocratie politique et la démocratie sociale, la nation et l’Europe, l’immédiat et le long terme. C’est ainsi que, socialistes dans le monde d’aujourd’hui, nous agissons et serons à la mesure du défi, au service du pays. Bons travaux.