« En pleine guerre commerciale, le Parlement européen est sur le point de ratifier un accord commercial avec les États Unis qui permettra aux Américains d’exporter sur le sol européen 35.000 tonnes de bœufs US, soit 3 fois plus qu’aujourd’hui. L’objectif est clair : présenter une offrande à Donald Trump afin d’adoucir ses positions ; les conséquences le sont tout autant : on sacrifie une fois encore l’agriculture européenne » dénonce Eric Andrieu, Eurodéputé PS en charge de l’Agriculture.

« Alors que Trump taxe nos vins, nos fromages, et fait énormément de tort à notre économie, les dirigeants européens augmentent les quotas d’importation de bœuf américain, c’est un non-sens absolu » résume-t-il encore

L’eurodéputé explique alors en plusieurs points pourquoi il faut rejeter cet accord

1/ L’Europe ne tient pas ses engagements

L’Europe s’était engagée à ne conclure aucune négociation commerciale avec les États-Unis portant sur le volet agricole. Cela avait un sens vu tous les problèmes auxquels nos agriculteurs européens sont confrontés. Visiblement, l’Europe revient sur sa parole et l’agriculture est à nouveau une variable d’ajustement, sacrifiée sur l’autel des marchés.

2/ 35.000 tonnes de bœufs : tous les éleveurs n’y survivront pas

« Cet accord prévoit une augmentation des importations européennes de bœufs US, sans frais de douane. Et quelle augmentation : 35 000 tonnes à l’issue de l’accord, contre 17 000 tonnes actuellement, sur un marché européen de la viande bovine déjà totalement saturé. Tous les éleveurs n’y survivraient pas ! »

3/ Peut être du bœuf aux hormones, d’office du bœufs nourris aux farines animales

Le principe est que ces viandes sont garanties par les États Unis comme étant sans hormone, bien qu’on ne puisse contrôler la totalité des 35.000 tonnes de viande.

De plus, ces viandes américaines dites « de haute qualité » ne répondent pas aux normes de production des viandes européennes ni en matière de traçabilité ni en matière d’alimentation (utilisation des farines animales, des antibiotiques, …). À noter qu’il n’existe aucune réciprocité entre les normes européennes et les normes étasuniennes.

4/ L’UE cède au chantage sans la moindre garantie de fin de guerre commerciale.

Rien ne justifie, au regard du contexte politique actuel, que l’UE cède au « chantage » des États-Unis sur cette question spécifique de l’accès des viandes bovines américaines au marché européen : que cet accord soit ratifié, ou non, de nouvelles menaces de sanctions commerciales pèseront de toute façon sur de nombreux secteurs économiques européens !

5/ Un effet domino désastreux à court terme #Mercosur

Depuis 2014, l’Europe accepte un quota restreint de bœuf étranger garanti sans hormones. Mais ce quota avait surtout été utilisé par les pays d’Amérique du sud et l’Australie. Avec ce nouveau traité, la part américaine augmente. Il ne faut donc être un génie pour comprendre que l’Australie et les, pays d’Amérique du sud vont également vouloir renégocier pour ne pas perdre des parts de marché sur le sol européen. On peut donc s’attendre à bien plus de bœufs importés en Europe en provenance des 4 coins du monde, et ce d’ici peu.

Conclusion

« Pour toutes ces raisons, le Parlement européen doit refuser ce nouveau « cadeau » fait à l’administration Trump.

#Climat : L’Europe ne peut se vanter de faire une priorité de la lutte pour le climat quand on négocie avec celui qui fait sortir les États-Unis de l’accord de Paris ou quand on négocie pour faire venir des 4 coins du monde des produits dont nous disposons déjà.

#Agriculture : On ne peut également accepter que l’agriculture européenne soit de nouveau sacrifiée sur l’autel des accords commerciaux ou des caprices géopolitiques de certains

#Santé : On ne peut accepter que les citoyens européens trouvent dans leurs assiettes de la viande provenant d’animaux sous antibiotiques ou nourri aux farines animales

#Emploi/Dumping :  Importer tant de viandes ne répondant pas aux normes si exigeantes de l’UE, sur un marché déjà surchargé devrait provoquer la perte de nombreux emplois

Le Parlement européen doit donc s’opposer à cette nouvelle concession commerciale faite sur le dos des éleveurs européens ainsi que sur le dos des consommateurs. Si l’Europe brade ses valeurs, il ne lui restera plus rien à négocier ! » conclut Eric Andrieu, Eurodéputé PS en charge de l’Agriculture européenne.