Loi Blanquer : l’Ecole n’a pas besoin d’autoritarisme

Le projet de loi Blanquer « Pour une école de la Confiance » arrivera dans les prochains jours au Sénat après un premier passage à l’Assemblée nationale.

Mettons de côté les propos du ministre de l’Education nationale qui en 2017, lors de son discours d’arrivée au ministère, déclarait : « il n’y aura pas une énième loi ou une énième réforme ».

La réalité, c’est que ce projet de loi, véritable texte fourre-tout présenté comme série de mesures techniques, est en réalité un texte profondément idéologique et qui vise un objectif affiché : la reprise en main autoritariste du système éducatif.

Comment cet objectif politique mais également idéologique se traduit-il dans le projet de loi ?

L’autoritarisme ministériel trouve sa pleine mesure avec 3 articles du projet de loi :

  • L’Article 1 qui généralise le principe de devoir de réserve aujourd’hui imposé aux seuls cadres du système éducatif (recteurs, directeurs académiques, inspecteurs) et qui rendra potentiellement sanctionnable toute critique sur l’école portée par les enseignants.
  • L’Article 9 qui marque la suppression du Conseil National de l’Education du Système Scolaire (CNESCO), organisme indépendant du Ministre, reconnu et apprécié par tous les acteurs de l’éducation, et son remplacement par un Conseil de l’Evaluation de l’Ecole (CEE) dont les trois quarts des membres seront nommés par le Ministre et donc privés de liberté d’approche, d’autonomie et d’avis propre.
  • Enfin, un amendement inattendu et imposé brutalement est venu parachevé cette mise sous le boisseau du système éducatif : la création des Etablissements Publics des Savoirs Fondamentaux (EPSF) qui, s’il va au bout du processus législatif, regroupera un collège et une ou plusieurs écoles de secteur, sans aucun fondement pédagogique mais uniquement dans un souci de gestion administrative et d’économies de postes puisque les écoles seraient alors gérées par les principaux adjoints de collège et non plus par les directions d’école.

Sur ce dernier point le Ministre, face aux mouvements de protestation de l’ensemble de la communauté éducative, serait bien avisé de revoir sa copie.

Libéral dans le second degré avec une volonté forte de mise en concurrence des élèves, des établissements et des territoires adossée à une autonomie poussée à l’extrême, autoritariste dans le premier degré avec des injonctions pédagogiques sur « les bons contenus », « les bonnes méthodes » qui ont fait l’objet de 4 circulaires en direction des professeurs des écoles, – calcul, lecture, grammaire -, le Ministre pensait pouvoir avancer tel un bulldozer, sans résistance aucune et au mépris des acteurs du monde éducatif.

Il n’en est rien : le temps de l’indulgence et du soutien au Ministre de l’éducation est bel et bien révolu.

Face à la volonté ministérielle de démanteler notre système éducatif, la mobilisation croissante des parents, des enseignants et des élus traduit non seulement une inquiétude mais aussi une colère légitime pour refuser une école corsetée, soumise aux injonctions d’un ministre persuadé d’avoir, seul, raison contre tous.

C’est tout l’enjeu de la prochaine discussion au Sénat et des mobilisations à venir.