Violences scolaires et suppression des allocations familiales : une mesure inefficace et stigmatisante

Dans la lutte contre les violences scolaires, le Ministre Jean-Michel Blanquer envisage de suspendre les allocations familiales des parents des élèves violents.

Décidément, le Ministre ne fait pas dans l’innovation : cette disposition, initiée dès 1959, a été supprimée à plusieurs reprises pour réapparaître à chaque fois dans des situations de tensions, preuve récurrente d’un affolement politique sans imagination à visée essentiellement électoraliste.

Réintroduite en 2010 par la droite de l’époque (loi Ciotti), cette mesure fut supprimée en 2013 par la majorité socialiste au regard d’un bilan plus que mitigé : sur 79 000 signalements, seules 619 suspensions d’allocations furent prononcées sur la période 2011 – 2013, dont 142 réversées aux familles après le retour de l’élève à l’école.

Au-delà de cette inefficacité largement démontrée, l’acharnement dont fait preuve le Ministre actuel, soutenu par la droite la plus réactionnaire (Eric Ciotti a déposé des propositions de rétablissement de cette mesure en août et novembre 2018), traduisent de manière sous-jacente une forme inavouée de préjugé de classe : en effet, en voulant supprimer les allocations familiales des parents d’enfants violents, on induit que ces jeunes sont d’abord et avant tout issus des familles les plus modestes, voire des strates moyennes en situation de déclassement social.

Plutôt que de persister dans ce type de propositions dont le caractère démagogique occulte l’acuité du problème, il convient plutôt de réfléchir à des pistes de réflexions étayées et constructives visant à traiter efficacement le sujet sur le fond.

Former les enseignants à la gestion des conflits, renforcer la présence humaine dans les établissements scolaires, accompagner, responsabiliser et conseiller les parents en difficultés dans l’éducation de leurs enfants, développer les actions éducatives pour empêcher la récidive, mettre en place une véritable coopération entre l’école, la justice et les parents trop souvent isolés et dépassés, en un mot, remettre du sens et du lien dans l’acte éducatif : telle est l’urgence et la priorité .

La prévention des violences scolaires mérite mieux que des stratégies d’affichage et de gesticulations

destinées à flatter l’opinion publique mais qui, au fond, ne règle en rien les problèmes : il est encore temps d’en prendre conscience.