Cambadélis : « Le PS va mieux qu’on ne le croit » – Interview dans les quotidiens du groupe EBRA

Ci-dessous, retrouvez l’interview de Jean-Christophe Cambadélis, Premier secrétaire du Parti socialiste, au groupe EBRA, publiée le samedi 19 novembre 2016.


La droite a réussi sa campagne de la primaire, non ?

La primaire de la droite ne réglera pas la question stratégique qui oppose ceux qui veulent rassembler la droite et le centre et ceux, qui d’un autre côté, cherchent les voix de l’extrême droite. On voit bien que personne ne s’impose réellement et on ne sent pas dans le pays un désir de droite. Au contraire, je note un début d’inquiétude sur le contenu des programmes qui s’attaquent tous au modèle social français. La France n’a pas besoin d’une purge libérale, mais d’une échelle mobile sociale qui réduise les inégalités.

Le Parti socialiste n’est pas plus « espéré » que Les Républicains…

Le Parti socialiste va mieux qu’on ne le croit. Les Universités de l’engagement ont drainé des milliers de personnes, il n’y a pas eu de crise à l’Assemblée nationale, on sent monter une réelle volonté d’union à gauche. Nous sommes sur un travail de fond, de remembrement de la gauche.

C’est donc qu’elle est démembrée ?

La gauche est fractionnée en multiples bouts, c’est vrai. Il est triste de voir qu’elle fait passer ses querelles avant le réflexe de faire bloc contre la montée de l’extrême droite et contre ceux qui prétendent revenir sur tout ce qu’a fait le gouvernement et qui est, pour l’essentiel, réussi.

Entre Mélenchon à gauche et Macron à droite de la gauche, reste-t-il de l’espace à François Hollande ?

La candidature de Macron condamne la gauche sans pour autant le qualifier pour le deuxième tour. On est dans l’individualisme, dans les querelles de voisinage. Mais le Parti socialiste reste une force politique incontournable à gauche et lorsque cette force se mettra en marche, sans jeu de mots (il rit), il n’y aura pas photo. Déjà aux régionales et aux cantonales, on nous prédisait que la gauche de la gauche allait nous passer devant. Il ne s’est rien passé de tel.

La primaire de la Belle Alliance, fin janvier, c’est votre dernière carte ?

Elle va propulser le candidat de la gauche de gouvernement. Elle va fermer le débat sur la ligne que le congrès a déjà tranché mais que les frondeurs n’ont pas voulu accepter. La parenthèse sera close.

La primaire de 2011 n’a rien réglé, au contraire.

Arnaud Montebourg, dont le programme était plus proche de celui de Martine Aubry que de celui de François Hollande, aurait dû appeler à voter Aubry. Il n’y aurait pas eu ce malentendu originel qui a embrouillé le quinquennat.

François Hollande sera-t-il candidat ?

C’est à lui de réfléchir sur ce qu’il propose à la France. La décision est entre ses mains.

Manuel Valls serait-il un bon candidat si le chef de l’Etat jetait l’éponge ?

(Enigmatique) Je souhaite que la majorité du PS, qui reste l’épine dorsale de la gauche, ne se divise pas sur son candidat à la primaire.

Derrière la présidentielle, il y a les législatives. Les députés pro-Macron et les frondeurs garderont-ils l’investiture PS ?

Les statuts sont parfaitement clairs : on ne peut pas se revendiquer du PS si on soutient un autre candidat que celui du parti. Attendons donc la désignation du candidat de la gauche. Frondeurs et macronistes auront alors à faire un choix : s’ils soutiennent le candidat issu de la primaire, ils pourront se présenter au nom du PS.

Il n’y aura pas de rétorsion contre ceux qui ont, à plusieurs reprises, voté contre le gouvernement à l’Assemblée nationale ?

J’applique les statuts du parti. Rien n’y dit qu’il faut présenter patte blanche…

Faut-il avoir peur de l’Amérique de Trump ?

Trump est l’expression de la grande peur du monde occidental. Je mets un signe égal entre lui, le Brexit, la possibilité d’un président d’extrême droite en Autriche, le Premier ministre hongrois Orban,  et la menace FN en France. Ce qui m’importe c’est cette menace, parce que la droite n’est plus un rempart anti-FN mais devient une passerelle vers ses idées, et que la gauche est fractionnée. Le grand récit progressiste des années soixante est à bout de souffle. Pour bloquer l’extrême droite aujourd’hui il faut réfléchir à de nouvelles formes de protection sociale, à une régulation de la mondialisation. Il faut revisiter l’Etat providence, et il faut une Europe politique qui protège son marché intérieur. Si nous ne relevons pas le défi, les années à venir seront celles de la marche au pouvoir des extrêmes droites.

Propos recueillis par Patrick FLUCKIGER