Hommage à Léon Blum

Jean-Christophe Cambadélis et François Vauglin, maire du XIème arrondissement, ont rendu hommage, comme chaque année, à Léon Blum : retrouvez leurs discours !

Le discours de Jean-Christophe Cambadélis

(Seul le prononcé fait foi)

« Chers amis ! Chers camarades ! Peuple de gauche !

Merci de vous être rassemblés aujourd’hui. Nous étions là, le même jour, au même endroit l’année dernière, pour honorer Léon Blum, communiant dans un beau rassemblement. « Rassemblement ». Bien plus qu’un mot, une valeur, mieux, une vertu. Le rassemblement, c’est ce moment où les volontés individuelles se cristallisent en actions communes. C’est ce miracle qui rend pensable les luttes et les conquêtes, qui rend la politique efficace.

« Communiant », « valeur », « vertu », « miracle »… Vous vous dites sans doute que j’ai viré ma cuti. Eh bien non ! Je corrige un oubli, car au fond il y aura toujours notre morale et la leur.

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Mes camarades, rien ne serait pire qu’un socialisme sans mémoire. Noyé dans l’urgence permanente et les polémiques subalternes. Ce socialisme sans mémoire nous ferait perdre de vue l’essentiel: la tectonique des idées, le levier des valeurs, et, plus grave encore, notre pensée commune et constante. Alors, revenons à l’essentiel et, oui, évoquons Léon Blum.

Avant d’être le gardien de la « vieille maison », Léon Blum fut entre autres le gardien de la mémoire de Jaurès. De Jaurès, il tenait tout ce qu’il pensait et tout ce qu’il était. De Jaurès, il garda l’idée qu’il n’y a pas de changement sans espérance. Son engagement, il ne le concevait que dans l’intérêt de l’unité humaine. Oui, il voulait rassembler l’humanité toute entière. Aux côtés de Jaurès, ils firent même de ce rêve un journal et lui donnèrent le plus joli des noms. Homme de lettres, Blum était enraciné très loin dans le passé mais il avait le regard plongeant très loin vers l’avenir, ouvrant toujours une perspective, créant l’espoir. Léon Blum était un grand homme car il regardait toujours le monde avec un grand angle. Attentif au réel, il resta toujours épris d’idéal.

Homme de mémoire et d’espoir, homme du réel et d’idéal, Blum fut aussi et peut-être surtout l’homme du rassemblement. Il n’eut de cesse de tenter de rapprocher les couples binaires de termes que l’on pensait contraire: république et socialisme, patrie et internationalisme. Au sortir de la guerre, il martela que le socialisme était un humanisme. Toujours, il chercha ce qui rassemble. Même à Tours.

Tours. Le moment d’une vie sans doute, le tournant pour notre parti de toute évidence. A Tours, il n’y a pas eu division, mais scission. Le fossé entre partisans et adversaires de l’adhésion à la Troisième Internationale était trop profond. Et pourtant, Léon Blum, restant ferme sur ses principes, sut rester ouvert au rassemblement, comme en témoigne la dernière phrase de son discours, tenu l’après-midi du 27 décembre 1920: « Les uns et les autres, même séparés, restons des socialistes ; malgré tout, restons des frères qu’aura séparés une querelle cruelle, mais une querelle de famille, et qu’un foyer commun pourra encore réunir ».

A Tours, Léon Blum donna la meilleure définition de l’unité qui soit : «  une unité harmonique, une sorte de résultante de toutes les forces, et toutes les tendances pour fixer et déterminer l’axe commun de l’action ». A Tours, Léon Blum fit en sorte que le 18ème congrès du parti socialiste ne fut pas le dernier. Au moment de son 77ème congrès, le Parti socialiste doit se souvenir de cette magistrale leçon d’unité.

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Mes chers camarades,

Tout au long de son engagement, Léon Blum a démontré qu’avec l’unité tout devient possible. A commencer, oui, par l’action au service du peuple de gauche. En 1936, que n’avons-nous pas atteint ! Mais, souvenons-nous du rassemblement de 1935 qui a rendu possible cette victoire. Souvenons aussi que c’est la division qui provoqua la chute du Front Populaire en juin 1937. Ah ! Ce poison de la division ! Le débat est notre honneur, le débat doit servir le rassemblement. On le sait : tous les chemins des débats travestis mènent à Rennes.

Certes, le rassemblement ne se décrète pas, il se construit autour d’éléments clés. Tout d’abord, se réunir pour être à la hauteur des défis historiques de notre pays. Le terrorisme qui percute les sociétés occidentales, qui cherche à provoquer le choc des civilisations et qu’il faudra combattre sans remettre en cause nos libertés. Il y a la misère, notamment en Afrique Sub-saharienne qui pousse des milliers de personnes à se jeter sur les côtes européennes. Il y a le chômage endémique qui conduit, chez nous, à tant de désespérance et de souffrances. Pour être à la hauteur de ce contexte historique, il s’agit donc de faire le rassemblement pour la réussite du gouvernement.  En termes, d’emplois, d’éducation, de croissance, de lutte contre les inégalités. Le gouvernement de la France, le gouvernement de gauche, notre gouvernement, à la fin, sera jugé sur ses capacités à répondre à ces défis tout en préservant au maximum les acquis sociaux.

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Mes chers amis,

Pour comprendre Léon Blum et pour lui rester fidèle, il faut comprendre son époque. Et, avant la victoire de 1936, avant le rassemblement de 1935, il faut se souvenir du 6 février 1934, qui força le regroupement des forces socialistes, communistes et radicales dans le Front populaire. Oui, la menace permet le rassemblement des forces. Encore faut-il en prendre l’exacte mesure.

Aujourd’hui, à quelques rues d’ici, l’extrême droite xénophobe, faisant semblant de reculer dans ses discours pour mieux sauter sur le pouvoir, n’attend qu’une chose : l’éclatement de la gauche. Nous connaissons tous le danger du Front National, de son projet de société, une société d’apartheid. Oui, le Front National est le parti de la division nationale.

Avant de venir, j’ai regardé les premières images de leur manifestation et j’ai noté que cette année, dans la famille Le Pen, on fait gerbe à part. Le Front National est pris à la gorge, pris dans les affaires. Ce n’est plus « mains propres et tête haute » mais « mains sales et tête basse ». Que Madame Le Pen cesse de donner des leçons sur tout, alors qu’elle est au cœur d’un double scandale : celui de son micro-parti et celui de la macro-évasion fiscale du Président d’honneur de son parti.

Madame Le Pen a menti. Elle qui le 4 avril 2013 sur LCI disait « Jean-Marie Le Pen n’a jamais fraudé le fisc ». Madame Le Pen ! Vous dites vouloir une vraie politique contre la fraude au RSA.  Vous êtes comme toujours dure avec les faibles et faible avec les riches. Evasion fiscale, micro parti, financement russe, ce n’est plus le « Rassemblement Marine » mais le rassemblement « monnaie » !

Léon Blum dut affronter la haine tenace de l’extrême droite, une haine sans égale, physique parfois. Oui, la violence des ligues. Alors, aujourd’hui, certes, l’extrême droite ce n’est pas les ligues. Mais, cela reste l‘extrême droite. Elle est animée par la même volonté de faire monter les mécontentements pour déborder la République. L’extrême droite veut s’approprier la France. Ne les laissons pas faire ! D’ailleurs, en ce 1er mai, et comme l’année passée, permettez-moi d’avoir une petite pensée pour Jeanne d’Arc, qui, à l’heure qu’il est, doit être en train de se retourner sur son cheval…

Mes chers amis,

Cette nouvelle bataille de France ne se mènera pas seulement contre l’infamie nationaliste, xénophobe,  ennemie de l’humanité. Il va nous falloir combattre sur un deuxième front, c’est toute la nouveauté du tricampisme. En plus de la xénophobie déguisée en patriotisme de l’extrême droite, il nous faudra en effet combattre le thatchérisme à la sauce populiste de la droite extrêmisée. La droite de Sarkozy, celle qui constitue une friche industrielle, une purge sociale et une régression sociétale.

J’ai un petit message aujourd’hui pour Monsieur Sarkozy à propos du nouveau nom de sa machine de guerre électorale : Monsieur Sarkozy, vous aurez beau appeler un chat un chien, il n’aboiera pas pour autant. Et, laissez-moi vous dire, Monsieur Sarkozy, qu’évoquer à la moindre occasion, comme vous le faites, le porc au menu des cantines, ce n’est pas « républicain » ! Prôner le « ni-ni » aux élections, comme vous l’avez fait, ce n’est pas « républicain » ! Instrumentaliser politiquement, comme l’a fait Monsieur Wauquiez, le meurtre atroce d’une petite fille, non, ce n’est pas « républicain » ! Dire qu’il ne suffit pas d’avoir une pièce d’identité pour être Français, comme l’a fait Monsieur Estrosi, non, ce n’est pas « républicain » ! Et dire qu’il suffit de reprendre les thèmes du FN pour le faire reculer, ce n’est pas républicain, c’est néo-frontiste.

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Mes chers camarades,

Face à la double menace des droites, il faut, je l’évoquais à l’instant, une gauche unie. Ce rassemblement devra prendre une forme renouvelée, plus populaire, moins bureaucratique, si nous voulons mener bataille. Le constat est clair et partagé: notre défaite serait la leur et notre victoire ne peut être que commune. En 2017, seule la belle alliance peut nous permettre de faire face à l’extrême droite plurielle.

Le rassemblement de la gauche et des Écologistes j’y travaille, tous les jours avec le bureau national. J’ai rencontré les Écologistes, les radicaux, les Démocrates. C’est un travail lent et patient mais qui porte ses fruits. Nous mettons en place des réflexions concrètes pour des avancées communes. Le rendez-vous avec nos amis communistes va avoir lieu. Je leur dis: ne nous perdons pas en polémique et disons haut et fort qu’entre nous il y a parfois l’épaisseur d’un tract des années 1970. Mais contre la droite et l’extrême-droite, l’unité doit être sans faille.

Mes chers camarades,

Léon Blum fait partie des grands noms du socialisme car il a su dire non dans les moments essentiels de notre histoire : non à la guerre et à l’antisémitisme avec Jaurès, puis non au bolchévisme, et enfin non au vichysme. Nous, aujourd’hui, ici, disons « non au bloc réactionnaire » ! Derrière 1936, il faut voir 1935, derrière la victoire de 1981 il faut voir le rassemblent de 1971. Pour permettre la victoire en 2017, il faut faire le rassemblement en 2015!

Cet hommage aujourd’hui nous permet de marquer notre fidélité, mais aussi notre détermination. Pour nous socialistes, aujourd’hui, il n’y a qu’une ligne à préserver, qu’une conduite à adopter et qu’une parole à porter : le rassemblement.

Mes chers amis, chers camarades,

Le mot de la fin, je le laisserai bien entendu à Léon Blum lui-même. Il date de 1897 : «  Il faut se mettre en harmonie avec les lois profondes de l’univers et non pas avec les préjugés et les habitudes qui en voilent le véritable sens. Il faut chercher ce qui est la vérité de notre caractère et de notre temps ».

Eh bien, mes chers amis, en ce 1er mai, voici venu le temps du rassemblement. Pour conquérir de nouveaux territoires politiques et préparer les victoires à venir.

Je vous remercie. »

Jean-Christophe Cambadélis,

Premier Secrétaire du Parti socialiste

Le discours de François Vauglin

« Monsieur le Premier secrétaire du Parti Socialiste, Cher Jean-Christophe Cambadelis

Merci pour cette initiative, renouvelée, d’honorer cette grande figure du socialisme qu’est Léon Blum,

Madame la Première vice-présidente du Conseil régional d’Île-de-France,

Mesdames Messieurs les élus,

Mesdames Messieurs,

Chers amis, Chers camarades,

Oui, merci à tous d’être ici pour honorer Léon Blum. J’ai d’autant plus de bonheur à vous accueillir comme Maire du 11e que cet hommage s’inscrit dans cette ancienne tradition militante de vendre du muguet le 1er mai – et je vous avouerai que depuis que je suis adhérent au PS, 20 ans cette année, eh bien j’ai toujours connu les socialistes du 11e en train de vendre un brin de muguet avec une rose le 1er mai, et de finir par un hommage à Léon Blum ici même chaque année.

1er mai, jour de rassemblement, de solidarité et de lutte pour les travailleurs du monde entier ! Si nous sommes ici, aujourd’hui, place Léon Blum, c’est parce qu’il fut l’une des plus grandes figures socialistes de la IIIe république – je devrais dire plus simplement : l’une des plus grandes figures socialistes de la République.

De Léon Blum, nous devons nous en rappeler comme un modèle pour notre démocratie et pour notre action politique. C’est lui qui a fait entrer la France dans la modernité, en créant les vacances, en se tournant vers la jeunesse pour incarner les espoirs du pays, en nommant des femmes à son gouvernement alors même qu’elles n’avaient pas le droit de vote. Ne l’oublions jamais alors qu’aujourd’hui encore, nous avons tant de mal à mettre les femmes aux premiers postes dans notre pays – et si c’est un maire d’arrondissement qui vous le dit, c’est avec le bonheur d’avoir une maire de Paris, Anne Hidalgo.

Léon – permettez-moi de l’appeler par son prénom, il faut dire que je le côtoie tous les jours – fut à la fois un grand homme de lettres et un immense homme politique. Son socialisme portait le refus catégorique des contraintes subies par le mouvement ouvrier.

La justice qui lui importait était tout d’abord sociale. Il a dénoncé, dans de grandioses discours, le malheur de l’ouvrier corvéable à merci, le scandale de l’artiste misérable, la tristesse du logement insalubre. Combien ces propos font encore aujourd’hui écho à ce que vivent nos concitoyens !

C’est pourquoi nous devons toujours combattre la précarité, défendre l’éducation et la formation, à tous les âges, lutter pour l’emploi et le logement.

En son temps, Léon Blum su comprendre les carences d’un système et y répondre. En à peine treize mois à la tête de l’État, il a fait bondir les droits des travailleurs comme aucun autre avant lui.

La création des conventions collectives, c’est lui. La liberté d’exercice du droit syndical, c’est lui. Les 40 heures, c’est lui, et bien sûr, les congés payés avec ce droit imprescriptible aux loisirs et à la culture, c’est encore lui.

Depuis 1936, ces droits se sont progressivement enracinés, consolidés. Ces avancées, nous les devons à des femmes et à des hommes politiques qui ont su, avec clairvoyance, exprimer des volontés collectives. Mais je veux aussi rappeler que nous les devons au travail des syndicats, engagés aux côtés des salariés.

En ce 1er mai, je souhaite leur rendre hommage, à toutes celles et tous ceux qui, humblement, constamment, défendent les salariés, pour que leur dignité soit reconnue, et pour que leur travail soit considéré et reconnu à sa juste valeur.

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Justice et raison : voilà les principes qui signeront l’engagement politique de Léon Blum à la SFIO. Nous sommes à la fin des années 1890. La société française est alors gangrenée par l’antisémitisme. L’affaire Dreyfus bat son plein. Léon Blum rencontre Jean Jaurès. Un premier combat commun, pour ces deux figures tutélaires du parti socialiste français, dans une quête conjointe de vérité.

Cette affaire fut pour Blum une révélation : la société française était minée de trop nombreux préjugés destructeurs. Superstition, injustice, oppression, conservatisme et immobilisme devaient être combattus. La raison devait être, au contraire, l’assise sur laquelle la société devait reposer, permettant vérité, justice et égalité.

Arrivé à la tête de l’Etat en 1936, après avoir été député de la circonscription Charonne-Père Lachaise, ce fut cependant la haine et l’obscurantisme qu’il eut à affronter. Comme d’autres membres du Front Populaire, il fut haït, dénigré et calomnié par les partisans d’une extrême droite alors particulièrement puissante. Charles Maurras écrivit : « c’est en tant que Juif qu’il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre Léon Blum », ou encore : « C’est un monstre de la République démocratique. C’est un hircocerf de la dialectique heimatlos. Détritus humain à traiter comme tel […] C’est un homme à fusiller, mais dans le dos. »

Ces délires nauséabonds annonçaient les heures les plus sombres, celles de la Seconde Guerre mondiale, de Vichy et de l’Occupation. Blum fut l’un des quatre-vingt députés à ne pas voter les pleins pouvoirs à Pétain, mais il fut aussi le chef de gouvernement le plus injurié de notre histoire, le plus humilié et traîné dans la boue, jusqu’à la prison et la déportation à Buchenwald.

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Plus de 70 ans ont passé, mais pourtant aujourd’hui encore, la haine, le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie blessent, mutilent et tuent, à Paris, au cœur même de notre arrondissement. Notre rôle, notre responsabilité sont immenses. Parce que nous sommes militants, des élus, des responsables politiques, mais aussi parce que nous sommes des citoyens, nous avons chacun le devoir de nous dresser.

Oui nous devons nous dresser pour, ensemble, dans l’unité si chère à notre « vieille maison » socialiste, nous devons nous dresser pour réaffirmer haut et fort les valeurs de notre République laïques que sont la Liberté, l’Egalité, la Fraternité.

Connaissons notre histoire pour éclairer demain. Tirons les enseignements de nos prédécesseurs : de Voltaire, lui aussi honoré sur cette place, dont le Traité sur  la Tolérance a connu une nouvelle actualité suite aux attentats, à Léon Blum, car il nous a appris que la meilleure réponse, la seule, contre l’extrémisme et la haine de l’autre, c’est l’unité du peuple français, rassemblé autour des valeurs Républicaines.

Vive Léon Blum, vive la République, vive la France ! »