Sébastien Vincini, Président du département de la Haute-Garonne, Secrétaire à la coordination nationale à la transformation du parti
La laïcité se vit, se transmet et s’expérimente. Parce qu’elle s’apprend, à l’école notamment, mais aussi dans tous les lieux collectifs de la vie en société, la laïcité doit être expliquée, comprise et portée par l’ensemble de la communauté éducative, par les élus locaux, par les acteurs de terrain et par les citoyens eux-mêmes. Elle ne se décrète pas : elle se construit, chaque jour, dans la transmission et dans l’expérience concrète du vivre-ensemble.
La laïcité est un principe fondateur de notre République. Elle garantit la liberté de conscience, c’est-à-dire la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté d’exprimer une conviction ou de n’en déclarer aucune. Elle s’inscrit dans l’histoire longue de la France. Elle constitue un acquis majeur, fruit de combats républicains qui ont cherché à pacifier durablement les relations entre l’État et les convictions religieuses. Souvent méconnue ou mal comprise, elle demeure pourtant un pilier essentiel de notre contrat social.
La Haute-Garonne, comme beaucoup d’autres territoires, n’a pas été épargnée ces dernières années par les vents furieux du populisme, qu’ils soient religieux, identitaires, politiques ou les trois à la fois. Les revendications identitaires poussent de plus en plus de jeunes vers les extrêmes. Elles prospèrent partout où la République est moins présente : là où les services publics reculent, où les inégalités se renforcent, où l’horizon d’émancipation paraît s’éloigner. C’est pourquoi la laïcité doit redevenir une force de stabilité et de cohésion, un rempart contre toutes les formes de fragmentation sociale.
La philosophie de laïcité qui structure notre action dans le département de Haute-Garonne condamne sans réserve les extrémismes, les populismes et l’intégrisme religieux. La République doit demeurer libre. Cette liberté n’est pas abstraite : elle exige des institutions solides, des services publics accessibles et un engagement constant pour protéger l’égalité réelle entre les citoyens. La laïcité n’est pas un moyen de contraindre, mais un moyen de garantir cette liberté commune.
La laïcité n’est pas une religion ou une croyance. Elle n’est dirigée contre aucune religion, aucune conviction politique ou philosophique. Elle ne plie pas devant les nécessités conjoncturelles, le poids d’une majorité ou les dictatures du bruit et de la fureur. Elle est la promesse d’un espace public partagé, où chacun peut exister sans être réduit à son identité, à sa croyance ou à son origine.
Dans ce cadre, nous avons développé le Parcours Laïque et Citoyen en Haute-Garonne, qui s’adresse à l’ensemble des collégiens du département. Ce sont près de 67 000 jeunes qui bénéficient chaque année de ce parcours, qui complète l’enseignement scolaire en proposant des actions éducatives, culturelles et citoyennes. Ce dispositif est un exemple concret de la manière dont la laïcité peut devenir une expérience réelle, vécue, et non un principe lointain : on apprend en faisant, on comprend en pratiquant.
La laïcité permet d'être ce que chacun souhaite être, dans le respect de l’autre. Elle est un levier d’émancipation, de compréhension du monde et de solidarité. Elle enseigne que l’égalité n’est pas l’effacement des différences, mais la garantie que celles-ci ne deviennent ni privilèges ni stigmates. Elle montre que la liberté n’est réelle que si elle est partagée.
Dans un contexte où certains cherchent à instrumentaliser la laïcité pour exclure, stigmatiser ou diviser, il nous revient de rappeler que ce principe n’a qu’un seul objectif : permettre à tous de vivre ensemble dans un espace commun, sans pression, sans domination, sans discrimination. C’est pourquoi il est essentiel de transmettre ce principe dans toute sa richesse, sans caricature ni dévoiement, en expliquant ses fondements, sa portée et son ambition.
En Haute-Garonne, nous faisons le choix d’une laïcité de confiance, d’une laïcité d’ouverture, d’une laïcité exigeante mais jamais punitive. Nous refusons la tentation d’une laïcité identitaire qui érige des murs là où il faudrait bâtir des ponts. Nous faisons le choix de la pédagogie, de la relation, de l’explication. Une démocratie forte n’a rien à craindre de la liberté de conscience : elle se renforce au contraire en la garantissant.
La laïcité n’est pas un héritage immobile, mais une œuvre vivante. Elle s’enracine dans notre histoire, mais elle s’invente chaque jour dans notre manière d’habiter le monde ensemble. Elle est une boussole. Elle est un horizon. Elle est la condition même de notre capacité à faire peuple, c’est-à-dire à nous reconnaître comme libres et égaux, malgré nos différences.