Thème : Identité républicaine
L’année 2024 aura été marquée par l’enjeu de la défense de la République face à l’extrême droite. Il ne s’agit pas, ici, de voler à son secours mais de porter ce projet émancipateur, symbolisé par sa promesse universaliste, aujourd’hui abîmée, partout en France. Non, l’antisémitisme n’est pas « résiduel », comme voudrait le faire croire certains, 1570 actes antisémites ont été recensés en France en 2024, selon un rapport du Crif. Les atteintes à caractère raciste, xénophobe et antireligieux ont également connu une hausse de 11% en 2024 par rapport à 2023, après une hausse de 30% en 2023 par rapport à 2022, d’après le ministère intérieur. Ces chiffres sont le résultat de ces tensions particulièrement intenses, analogues à une montée sans précédent de l’extrême droite en France, dont seul le front républicain a permis d’entraver son accession au pouvoir au mois de juin 2024.
L’enjeu qui est le nôtre est de réinstaller la République à sa place, au cœur de la Gauche, au cœur des Françaises et des Français. Tel est l’objectif commun de tous les socialistes. Parce que cet enjeu est fort, il nous oblige. Notre Gauche, bâtie sur la défense du capitaine Dreyfus et la défense des travailleurs, dans cette poursuite d’une société égalitaire, doit profondément renouer avec l’idéal de la promesse républicaine, aujourd’hui abîmée, si ce n’est trahie. La défense de la République - impliquant que chacune et chacun, à égalité, ait les moyens de rêver - est cet enjeu qui nous fédère et pour lequel il est nécessaire de se mobiliser dans ces sinistres périodes.
Nous, socialistes, à travers notre attachement à la lutte contre l’antisémitisme et le racisme, proposons de construire des propositions concrètes pour réaffirmer que la République est plus forte que ces forces obscurantistes qui menaçent. Faisons face à nos responsabilités : engageons le combat contre le clientélisme, le communautarisme et toute organisation fissurant notre vivre ensemble.
Ce n’est pas la droite, ne cessant de se rapprocher idéologiquement de l’extrême droite, qui défendra cette idée que la République est caractérisée par la réconciliation. En tant que républicains, nous préférerons toujours parier sur ce qui nous rassemble.
Nous ne défendrons notre modèle social, participant à la constitution de notre identité républicaine, qu’en ayant pour guide les valeurs de République. Depuis l’abolition des privilèges, cette nuit du 4 août 1789, jusqu’au mariage pour tous, en 2013, en passant par la loi de séparation des Églises et de l’Etat en 1905 et la Sécurité sociale en 1945 ; notre identité s’est forgée à travers ce modèle social qui est la concrétisation de l’universalisme républicain : chacun ayant accès à toutes les ressources pour vivre et espérer à mieux.
Face à la position portée par l’extrême droite - et de certains autres - de voir la communauté nationale d'abord par le prisme de communautés, il devient plus qu’important de se mobiliser pleinement en réenchantant notre récit commun. Il sera alors nécessaire d’adopter des dispositions plus offensives face aux fanatiques qui tentent de briser notre cohésion nationale et notre tolérance. Il est temps de réinvestir un récit alternatif pour résister aux obscurantistes, à la fois au repli nationaliste glorifié par une extrême droite débridée et aux dérives des communautarismes, notamment religieux, qui diffusent le péril de la division.
La population française semble aujourd’hui dans une situation de fragmentation telle qu’il est inenvisageable d’esquisser toute piste de réflexion sans envisager la mise en place d’une véritable concertation, à l’échelle nationale et locale, sur la définition des valeurs de la République. En effet, la société se heurte à un double-problème : celui des discriminations et des inégalités qui subsistent en France avec des répercussions psychologiques, professionnelles et sociales pour les personnes concernées ; et la tentation du « repli identitaire » qui est encouragé par ce sentiment d’exclusion et d’abandon, contre lequel les politiques publiques successives n’ont pas su enrayer la portée.
Or, dans ce contexte troublé où les questions d’identité devraient être au cœur du débat national, la droite et l’extrême-droite ont monopolisé ces thématiques sans que la gauche ne s’empare réellement des enjeux qui en découlent. Comment revendiquer les valeurs qui sont les nôtres sans se positionner ainsi contre les comportements qui y portent atteinte, tout en rappelant notre engagement pour l’universalisme et les libertés individuelles ? Il semble que l’apprentissage de la nuance soit fondamental pour avancer ensemble vers un chemin de cohésion, qui permette à chaque Française et chaque Français de se sentir à sa place en France, en respectant l’autre et en ayant le sentiment d’être respecté dans son individualité.
I. Un renforcement de l’éducation à la citoyenneté dès les classes de primaire, qui réponde de façon plus effective à la situation actuelle de l’école
En février 2024, 336 faits d’atteintes à la Laïcité ont été recensés dans les établissements scolaires. On constate aussi une hausse des contestations sur des problématiques de Laïcité, de genre ou d’éducation à la sexualité. En même temps, les enseignantes et les enseignants se sentent abandonnés.
Ces faits et les difficultés actuelles que traverse l’école illustrent parfaitement la tension entre les intérêts privés et la vie collective, protégée par les valeurs de la République. L’école est confrontée à cette opposition de moins en moins tolérée entre les opinions personnelles et le cadre de neutralité qu’elle assume proposer, sans qu’un réel programme de sensibilisation et d’éducation aux valeurs de l’école de la République n’ait pour l’heure trouvé suffisamment d’ancrage. La gauche doit prendre part à ce débat dans notre société et proposer sa (re) lecture des principes de l’éducation nationale :
● En rappelant l’origine des valeurs de la République et en quoi l’école doit perpétuer leur portée
Le principe de neutralité et de laïcité de l’école n’a jamais eu comme autre fondement que d’apporter aux élèves un cadre dans lequel ils puissent grandir, réfléchir, et construire leur propre pensée sans interférence ni pression de tiers ou de groupes.
La gauche doit participer à une concertation sur le devenir de l’école de la République, et redonner aux enfants et aux familles le souhait d’y placer leur confiance. Il ne s’agit ni de brimer les opinions et les croyances, ni d’empêcher les élèves d’exprimer leur pensée. Cependant, réfléchir à la définition même de ces notions et à leurs implications concrètes pour tous-tes permettrait de resituer leur objectif et leur caractère essentiel dans une société démocratique. Grandir et évoluer dans un environnement collectif, c’est aussi se confronter aux autres et à l’altérité qui n’est pas forcément familière. Le cadre de neutralité de l’école républicaine doit continuer de permettre l’échange et la transmission du savoir sans que celui-ci ne se heurte à des oppositions fondées justement sur des interférences culturelles et religieuses.
● En lançant une concertation auprès des jeunes
« Récupérer » les jeunes qui doutent ou qui s’opposent passe par aller à leur rencontre. Le secteur associatif, permettant d’organiser un cadre apaisé d’échange et de discussion, doit s’organiser à partir de nos militants dans ce but fondamental de la recherche d’un processus de cohésion.
Nous souhaitons mettre en avant la nécessité de mettre en place un réseau de formateurs mobiles, à l’échelle départementale, pour faire vivre une campagne de sensibilisation des élèves, à partir d’une enquête de leurs points de vue sur nos valeurs républicaines. Un retour concret sera disponible afin d’adapter une campagne de sensibilisation. Cette enquête sera menée auprès de tous les élèves d’une classe d’âge pour connaître leur ressenti quant à nos valeurs, et leurs agissements possibles face à des événements de la vie quotidienne qui les mettrait en situation. Cette enquête sera restituée lors d’une journée balisée dans l’ensemble des établissements scolaires de France, consacrée à des débats et des ateliers pédagogiques autour de nos valeurs - et de ses dispositions dans la lutte contre l’antisémitisme, le racisme et toute forme de discrimination - afin qu’elles soient comprises dès le plus jeune âge, notamment dans cette période où nos démocraties sont menacées.
II. La lutte contre toute forme d’obscurantisme passe par le renouvellement de nos pratiques pour aspirer à une véritable identité républicaine
L’extrême droite et les communautarismes prospèrent sur nos propres renoncements de ne pas aller au combat et proposer un nouveau narratif de notre identité républicaine dont la promesse est devenue une chimère pour beaucoup trop de citoyennes et de citoyens. Dès lors qu’une personne se fait agresser du fait de sa religion réelle ou supposée, de sa couleur de peau, de sa manière d’être ou de penser, la cohésion nationale se fissure toujours un peu plus. Quand on s’attaque à une personne pour ces motifs évoqués, on s’attaque à la République. Or, notre identité républicaine est construite sur des valeurs qui, aujourd’hui, sans doute par conformisme, paraissent si acquises qu’on oublie facilement que la promesse républicaine n’est qu’une irréalité dans beaucoup de nos territoires. Ce sentiment de trahison constitue un terreau où prennent vie le communautarisme, l’extrémisme, l’obscurantisme. Le combat que l’on doit mener contre les communautarismes religieux doit être le même que celui contre l’extrême droite et ses fantasmes passéistes.
● Une concertation populaire pour créer une identité républicaine
La première de nos priorités sera d’aller consulter les Françaises et les Français, à travers une grande concertation populaire, ouverte à l’ensemble de la population, sans conditions particulières, permettant d’ouvrir un temps de débat autour de la promesse républicaine et de sa perception qui permettra de poser les fondements d’une véritable identité républicaine. L’objectif est de recueillir la perception de toutes les citoyennes et de tous les citoyens quant à leur rapport avec la République ; ils pourront alors nourrir un projet d’écriture d’un récit commun, pierre angulaire de cette identité républicaine. Cette consultation populaire se déroulera à l’échelle municipale, permettant à tout le monde de rejoindre ces discussions dans nos écoles, mairies, salles des fêtes. Ce que nous proposons est un débat citoyen pour renouer avec cette l’image d’une identité républicaine bâtie au fil du temps, et encore aujourd’hui, grâce à nos origines diverses qui permettent à tant de cultures de se retrouver derrière des valeurs communes, sans éluder les problématiques, pour y répondre efficacement. Cette consultation populaire débouchera sur des récits municipaux qui seront étudiés par des historiens, des sociologues et des philosophes pour créer une charte de l’identité républicaine, intransigeante sur nos valeurs et leurs concrétisation dans la vie quotidienne, comme la nécessité d’avoir un médecin traitant, accéder aux études supérieures ou encore aux transports.
● Créer un plan contre l’antisémitisme, le racisme et toutes les formes de discriminations : soyons plus intolérant avec les intolérants
À voir la résurgence des actes haineux, qu’ils soient en ligne, cachés derrière l’anonymat, ou dans la rue, il est également urgent d’agir en proposant un plan pour lutter contre ces phénomènes à travers une concrétisation de nos valeurs. Sur le plan juridique, toute personne reconnue coupable de propos ou d’actes haineux devra nécessairement réaliser des travaux d’intérêts généraux, conjointement à la peine prononcée, dans des associations ou des services de l’Etat luttant contre la haine. Néanmoins, la prévention devra être renforcée avec une approche pédagogique de la Laïcité, héritage des Socialistes à la République, permettant à toutes et tous de vivre leur non-croyance ou leur croyance, sans en être inquiétés et sans pression. Il est temps que cette valeur obtienne un temps de réflexion dans tout le pays afin de mieux la faire connaître et la faire vivre, c’est pourquoi nous proposerons qu’elle devienne une grande cause nationale, permettant aux associations engagées d’être mieux subventionnées et de défendre au cours d’un mandat cet élément essentiel conditionnant la cohésion nationale.
● Faire de l’éducation populaire notre priorité
Nous proposons enfin de mettre en place un véritable réseau d’éducation populaire au sein de notre parti. Revenir sur le terrain pour prendre le pouls de la société devient une nécessité, tout comme devenir un véritable outil de services publics. Résorber le vote RN comme l’abstention passera par notre faculté à nous intéresser aux problèmes rencontrés quotidiennement et de la force avec laquelle nous y répondrons. Notre conception de la promesse républicaine nous oblige à réinvestir la question sociale et de mettre en place un appareil, couvrant l’ensemble du territoire, permettant à toutes et tous de saisir le parti pour des besoins essentiels comme l’accès aux droits. Nous proposons alors que des ateliers aient lieu dans toutes nos sections pour faire émerger des initiatives afin de parer à cette trahison de la promesse républicaine par des financiers préférant chercher un bénéfice que de donner à chacune et à chacun un accès aux services publics les plus essentiels.
La lutte contre l’extrême droite et les communautarismes implique de ne leur laisser aucun sujet, aucun moment de répit. Notre crédibilité tiendra dans notre capacité à les combattre de la même manière, parce qu’ils débouchent sur une même haine de la République. La Laïcité et la lutte contre l’obscurantisme sont des valeurs fondamentales de notre République et en forment l’un des piliers. Elles permettent le bon vivre ensemble, la cohésion sociale et garantissent à chacun et à chacune non seulement le droit de choisir de croire ou de ne pas croire en ce qu’il ou elle veut, mais aussi de voir leurs croyances respectées.
Nous portons l’héritage de celles et ceux qui se sont battus contre l’obscurantisme et contre l’intolérance à travers les siècles. Ces valeurs ne sont pas acquises et ne le seront jamais. Dès lors, nous devons les préserver et les protéger des nombreuses attaques qu’elles subissent au quotidien de la part des fanatiques et autres intolérants. Car notre histoire nous y oblige ; puisque les heures sombres d’autrefois refont surface, nous nous devons d’être au rendez-vous et remettre au cœur du projet socialiste la lutte contre toute forme d’intolérance. Soyons intolérants avec les intolérants.
Contributeur.ices :
Ludmilla Soron, Militante (91), Nicolas Charles, Militant (91), Romain Tardif Benetollo, SF Lutte contre l’extrême droite (91)
David Ros, Sénateur de l’Essonne (91), Jérôme Guedj, Député de l’Essonne, SN à la Laïcité (91), Sarah Benhammou, CN et SG de la Fédération de l’Essonne (91), Alice Sebbag, Adjointe au maire de Sainte-Geneviève-des-Bois (91), Stéphane Raffali, Maire de Ris-Orangis (91), Damien Allouch, Maire d’Épinay-sous-Sénart (91), Patrick Kanner, Sénateur du Nord, Président du groupe socialiste au Sénat (59), Jérôme Saddier, Co-animateur du groupe des experts (58), Michel Bisson, Maire de Lieusaint, SN à la Ville durable (77), Yannick Trigance, Conseiller régional, SN École Collège Lycée (93), Ezékiel Lucas, SGA de la Fédération JS du Nord (59), Raphaël Thourel, Secrétaire de la section de Palaiseau (91), Charles Culioli, Militant (91), Clément Delage, AF JS (91), Christian Chotard, Militant (91), Victoria Domenech, Militante (75), Lucie Cornec, Militante (29), Nicolas Bardy (38), Priscille Prusse, Secrétaire de la section de Massy (91), Claudie Boutin, Secrétaire de la section de Lisses (91), Wesley Buton-Mabika, Militant (91), François Ferret, Militant (91), Andreas Mulard, Militant (37), Oliver Astington, Militant (91), Maxime Cohen, BF (75), Yann Bombled, Militant (91), Marie-Christine Lohner, Militante (91), Claudine Lepage, Ancienne Sénatrice (75)