Thème : Ruralité
Préambule
J’ai eu la chance de grandir dans un village, grandir au plus près de la nature, au sein d’une communauté où chacun se connaît, où les liens de solidarité se tissent dès l’enfance.
Une enfance rythmée par les saisons, les fêtes locales, les jeux en plein air et une certaine liberté que beaucoup de citadins envient.
Mais aussi, trop souvent, une enfance marquée par le manque : manque de services publics, d’activités culturelles et sportives, de transports, parfois même d’écoles.
Aujourd’hui pour les jeunes ruraux, ce manque est de plus en plus prégnant et présent.
Le Parti socialiste a toujours porté une vision républicaine de l’égalité entre les territoires. Historiquement, la gauche a été à l’origine des grandes avancées pour le monde rural : accès à l’école publique, électrification des campagnes, création des services publics de proximité, défense de la protection sociale et du modèle agricole familial. Pourtant, ces dernières décennies, la fracture entre les villes et les campagnes s’est creusée, alimentant un sentiment d’abandon et de déclassement dans de nombreux territoires ruraux. Et alimentant le vote Rassemblement national.
Face à cette réalité, le Parti socialiste doit réaffirmer son rôle de défenseur d’une ruralité dynamique, solidaire et écologique. Il ne s’agit pas de faire du monde rural une variable d’ajustement du développement urbain, mais de lui redonner une place centrale dans notre projet de société.
Le Parti socialiste doit défendre une ruralité où les enfants peuvent s’épanouir sans avoir à renoncer aux mêmes opportunités que ceux des villes.
La ruralité est une richesse pour la France. Pourtant, elle est trop souvent perçue comme une périphérie oubliée, un territoire secondaire face aux dynamiques métropolitaines. Les habitants des campagnes subissent de plein fouet les inégalités d’accès aux services publics, aux transports, aux soins, à l’éducation et aux opportunités économiques.
La mondialisation et la métropolisation ont transformé la France en profondeur. Les politiques libérales ont favorisé la concentration des richesses et des opportunités dans les grandes agglomérations, au détriment des territoires ruraux. Cette évolution s’est accompagnée de fermetures d’écoles, de gares, de maternités, de bureaux de poste, creusant les inégalités territoriales et alimentant un sentiment de relégation.
Le Parti socialiste, fidèle à son engagement en faveur de la justice sociale et territoriale, doit porter un projet ambitieux pour les territoires ruraux. Il ne s’agit pas d’un simple accompagnement du déclin, mais d’un véritable plan de revitalisation, fondé sur l’investissement, l’innovation et la réaffirmation des services publics.
Fier d’être membre du Parti socialiste, fidèle à son esprit : « là où il y a une volonté, il y a un chemin », ma modeste ambition, à travers cette contribution thématique, est de livrer sur la base de mon ressenti d’enfant des villages puis d’élu de terrain une analyse du fossé qui se creuse chaque jour un peu plus entre nos campagnes et la gauche et de proposer quelques pistes pour le résorber.
1. Une école rurale forte et accessible à tous
L’école est le premier service public de proximité. Pourtant, en milieu rural, elle est trop souvent menacée par des fermetures de classes ou des regroupements qui allongent considérablement le trajet des enfants.
Nous devons garantir :
- Un moratoire sur la fermeture des écoles rurales, avec un soutien aux petites structures éducatives pour éviter la désertification scolaire.
- Des moyens renforcés pour l’éducation en milieu rural, avec des classes à effectifs réduits et des dispositifs adaptés aux réalités locales.
- Un accès élargi aux cantines scolaires et aux activités périscolaires, pour lutter contre les inégalités et favoriser la mixité sociale.
2. Une égalité d’accès aux soins et aux services essentiels
L’abandon progressif des services publics en milieu rural a fragilisé ces territoires. L’accès aux soins est un enjeu majeur pour les familles vivant en milieu rural. Trop souvent, les parents doivent parcourir des kilomètres pour consulter un pédiatre, et les urgences pédiatriques les plus proches sont à plusieurs dizaines de kilomètres.
Nous proposons :
- La création de maisons de santé pluridisciplinaires, avec des professionnels de santé salariés pour lutter contre les déserts médicaux.
- Le développement de la téléconsultation avec des équipements adaptés dans les écoles et les maisons de services publics.
- Un soutien accru aux maternités rurales et aux services d’urgence pédiatrique, pour garantir une égalité d’accès aux soins dès la naissance.
3. Des loisirs et un accès à la culture pour tous les enfants
Un enfant de village ne devrait pas avoir à parcourir des dizaines de kilomètres pour aller au cinéma, à la bibliothèque ou pratiquer un sport. Pourtant, en zone rurale, l’offre culturelle et sportive est souvent limitée.
Le Parti socialiste doit porter :
- Un soutien aux associations locales, véritables piliers de la vie culturelle et sportive en milieu rural.
- Le développement de bibliothèques itinérantes et de festivals en milieu rural, pour garantir un accès à la culture partout.
- Une politique de transport adaptée aux jeunes, avec des solutions de mobilité permettant aux enfants et aux adolescents de se rendre aux activités extrascolaires.
4. Une mobilité accessible, écologique et adaptée aux enfants et aux jeunes
Les transports sont un des plus grands défis pour les familles rurales. L’absence de transports en commun empêche souvent les jeunes de participer à des activités extrascolaires ou de poursuivre des études dans de bonnes conditions. Les habitants des zones rurales sont les premiers pénalisés par la dépendance à la voiture individuelle. Il faut rompre avec cette fatalité.
Le Parti socialiste doit porter :
- Un plan national de revitalisation des lignes ferroviaires et des trains du quotidien, en lien avec les régions.
- Le développement de solutions de transport partagé (covoiturage public, navettes locales) subventionnées par les collectivités.
- Un soutien aux mobilités douces avec des infrastructures adaptées pour le vélo et la marche, notamment dans les bourgs et petites villes.
5. Une économie locale dynamique et résiliente
Le tissu économique rural repose sur l’agriculture, l’artisanat, le commerce de proximité et les petites entreprises. Nous proposons :
- Une politique agricole réorientée vers l’agro écologie et le soutien aux petites exploitations, en mettant fin aux subventions favorisant l’agrandissement des exploitations au détriment des exploitations familiales.
- Un soutien renforcé aux commerces et entreprises locales, avec des exonérations fiscales ciblées et des aides pour le maintien des derniers commerces dans les villages.
- La relocalisation de certaines activités industrielles et artisanales, grâce à des dispositifs de financement publics et des partenariats avec les collectivités.
6. Une ruralité innovante, connectée et attractive
L’innovation ne doit pas être réservée aux métropoles. L’avenir des territoires ruraux repose sur leur capacité à s’adapter aux évolutions technologiques et sociétales. Cela passe par un investissement massif dans les infrastructures numériques, la revitalisation des centres-bourgs et le soutien aux nouvelles formes d’entrepreneuriat.
Nous devons faire des territoires ruraux des espaces d’expérimentation et de développement avec :
- Un plan national pour le numérique en milieu rural, garantissant un accès au très haut débit pour tous d’ici 2027, en accélérant le déploiement de la fibre et de la 5G dans les zones rurales.
- Un soutien aux tiers-lieux et aux espaces de coworking en milieu rural, pour favoriser le télétravail et l’installation de nouvelles activités économiques.
- Le soutien aux initiatives locales innovantes, qu’elles soient sociales, culturelles, agricoles ou économiques, via un fonds national dédié aux projets ruraux.
- Une politique culturelle ambitieuse avec le renforcement des politiques culturelles en milieu rural, le maintien des bibliothèques, des cinémas itinérants, aux scènes artistiques locales et aux événements favorisant le lien social.
7. Une ruralité actrice de la transition écologique pour une écologie populaire
Le monde rural ne doit pas être vu comme une victime de la transition écologique, mais comme un acteur central de cette mutation. L’agriculture, la gestion des ressources naturelles et le développement des énergies renouvelables doivent être repensés en concertation avec les habitants et les élus locaux.
La transition écologique ne doit pas être une contrainte, mais une opportunité pour le monde rural.
Le PS doit promouvoir :
- Un programme de rénovation énergétique des logements pour lutter contre la précarité énergétique et réduire la facture des ménages.
- Une agriculture durable et rémunératrice : sortie du modèle productiviste, soutien à l’agriculture paysanne et biologique, aides aux jeunes agriculteurs.
- Un soutien aux énergies renouvelables locales (éolien, solaire, méthanisation), en favorisant les modèles citoyens et coopératifs plutôt que les logiques spéculatives des grands groupes.
- La préservation des espaces naturels et de la biodiversité, en accompagnant les agriculteurs et les collectivités dans des pratiques respectueuses de l’environnement.
Conclusion : une ruralité d’avenir, un Parti socialiste en première ligne, pour une enfance rurale épanouie
Grandir dans un village ne doit plus être synonyme de privation d’opportunités. La ruralité doit être un choix de vie possible, où les enfants peuvent s’épanouir dans un cadre serein, tout en ayant accès aux mêmes services et perspectives que dans les villes.
Les habitants des territoires ruraux doivent être au cœur des décisions qui les concernent. Trop souvent, les politiques publiques sont conçues à Paris et appliquées sans réelle concertation locale. Le Parti socialiste ne peut pas se contenter de discours sur la ruralité : il doit porter une vision ambitieuse et cohérente, en rupture avec les politiques d’abandon menées par les gouvernements successifs. Il s’agit de réaffirmer une égalité réelle entre les territoires, de garantir aux habitants des campagnes les mêmes droits et opportunités qu’aux citadins, et de faire de la ruralité un levier de transition sociale et écologique.
Le Parti socialiste doit être le moteur d’une politique volontariste pour l’enfance en milieu rural, en défendant une école publique de qualité, un accès équitable aux soins, à la culture et aux loisirs, et en garantissant une mobilité adaptée aux jeunes. C’est ainsi que nous pourrons assurer un avenir aux villages, en permettant aux nouvelles générations d’y grandir avec fierté et ambition.
En s’engageant pleinement sur ces sujets, le Parti socialiste peut reconstruire un lien de confiance avec les territoires ruraux et démontrer qu’il est le seul parti capable de porter une alternative crédible aux logiques libérales et technocratiques qui ont fragilisé le monde rural.
En portant cette vision, nous réaffirmons que l’égalité ne se divise pas : il n’y a pas de France des villes et de France des campagnes, il y a une seule République, qui doit garantir à chacun les mêmes droits et les mêmes opportunités, quel que soit son lieu de résidence.
Voilà l’esprit du projet sur la ruralité qui m’anime, et que je serai honoré de porter dans le débat public.
Contributeurs :
Auteur de la contribution thématique :
- Fabrice FRICHET – Conseil national - Secrétaire de section de Montbéliard – Auteur de plusieurs essais économiques – Elu municipal de 2008 à 2020
Signataires :
- Nicolas MAYER-ROSSIGNOL - 1er secrétaire délégué - Maire de Rouen
- Jean-Marc GERMAIN – Bureau national – Conseil national - Député européen
- Elizabeth LABAYE – Bureau national - Adjointe à l'éducation à Rouen
- Dominique MENEGAIN - Secrétaire de section d’Ornans (Doubs)
- Sandrine FIAULT
- Michèle KENDE - Conseil Fédéral du Doubs
- Philippe CANALDA - Conseil Fédéral du Doubs
