Protection animale : le dernier miroir aux alouettes du Front national

Avec le lancement ce 7 mars d’un énième collectif, le Front national tente cette fois de se faire passer pour un parti épris du bien-être des animaux. Mais derrière cette opération marketing, les faits sont têtus et révèlent que le parti de Marine Le Pen n’a jamais été soucieux de la condition animale.

Ainsi, à l’Assemblée nationale, ni Marion Maréchal Le Pen, ni Gilbert Collard n’ont voté les amendements visant à étendre la pénalisation des actes de cruauté contre les animaux (sauvages et domestiques) ou à leur accorder le statut « d’êtres-vivants doués de sensibilité » – alors que le Code civil les considérait encore comme « des biens meubles« .

Les mêmes deux députés d’extrême droite ont voté contre le projet de loi sur la biodiversité accusé, par communiqué de presse, de promouvoir une « bobo-écologie punitive ». Ils ont en particulier dénoncé un amendement adopté en commission qui interdit « la chasse à la glu ou à la colle », une pratique pourtant condamnée de longue date par les associations de défense des animaux en raison de sa cruauté et de son aveuglement (les gluaux tuent indistinctement tous les oiseaux, dont des espèces protégées). Au Front national, la biodiversité est sacrifiée sur l’autel de cruelles traditions.

Si la défense de la biodiversité ne connaît pas de frontières, elle exige au moins d’être portée à l’échelle européenne. Or, le Front national n’a de cesse de vouloir remettre en cause les textes européens adoptés depuis 1979 (les directives « oiseaux », « Habitats-Faune-Flore », « Réseau Natura 2000 »…) et de s’opposer à toute nouvelle avancée en ce domaine. « Au Front national, nous sommes totalement défavorables à une évolution des règles dans le domaine de la bientraitance animale » répondait ainsi le Front national au questionnaire de la Fédération nationale des Chasseurs lors des dernières élections européennes. Le 16 décembre 2014, les eurodéputés du Rassemblement Bleu Marine (RBM) ont ainsi été les seuls français à voter contre l’adhésion de l’Union européenne à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) alors que celle-ci représente une amélioration considérable de la protection des animaux sauvages. Quand Marine Le Pen déclare qu’il est urgent de « naturaliser français », il faut entendre aussi qu’elle veut désengager notre pays de toute obligation européenne ou internationale en matière de protection des animaux.

Le Front national soutient un modèle économique passéiste et productiviste qui l’amène par exemple à défendre l’élevage intensif, bien peu respectueux du bien-être animal. Il s’en expliquait clairement dans sa réponse à la Fédération nationale des chasseurs : « Si la lutte contre la souffrance animale est absolument légitime, il ne faut pas qu’elle soit le prétexte pour remettre en cause l’élevage français professionnel ou amateur, la chasse, la pêche, l’équitation et toutes les activités qui impliquent de gérer des animaux, qu’ils soient domestiques ou sauvages« .

La cause animale n’est pas une priorité pour le Front national, c’est une imposture de plus. Ainsi, quand Marine Le Pen dénonce la « barbarie » de l’abattage rituel, c’est moins pour améliorer le bien-être animal que pour l’instrumentaliser dans sa croisade contre les musulmans. Comment ce parti peut-il s’afficher en « protecteur des animaux » quand Gilbert Collard défend avec ardeur la corrida et que Robert Ménard organise chaque année la Féria de Béziers ? Mais le Front national n’est plus à une contradiction…

Il ne suffit pas de s’afficher aux côtés de Brigitte Bardot ou de s’exhiber avec ses chats pour s’ériger en amie des animaux. Les véritables défenseurs des droits des animaux ne se laisseront pas enfumer par ces faux combats de l’extrême droite.