Rentrée scolaire : sous le signe de l’inquiétude et de la régression

Cette 9ème rentrée scolaire de l’ère « macroniste » est placée sous le signe de l’inquiétude pour notre école publique qui depuis 2017 subit une politique éducative néolibérale génératrice d’une aggravation sans précédent des inégalités entre les élèves, les enseignants, les établissements et les territoires.

 

1- Inquiétude qui se traduit en premier lieu par l’enracinement d’une crise du recrutement : ce sont ainsi 1 700 places dans le public et 278 dans le privé qui sont restées vacantes à l’issue de la session de recrutements 2025, résultats publiés par le ministère de l’éducation nationale.

Dans le premier degré, 520 postes de titulaires – tous concentrés dans les académies de Versailles, Créteil, Mayotte et la Guyane – sont perdus quand dans le second degré 11 % des postes restent vacants.

Et si le ministère se targue d’une baisse de moitié du nombre de postes non pourvus, c’est d’abord et avant tout dû au choix du ministère de diminuer le nombre de places proposées en 2025 dans les territoires et les filières en baisse.

L’annonce par la ministre elle-même du manque de 2 500 enseignants le jour de la rentrée confirme , s’il en était besoin, une crise du recrutement durablement installée.

 

2- A cette crise du recrutement s’ajoute une augmentation très forte des démissions qui représentent à ce jour 15 % des départs annuels contre 2 % il y a 10 ans : c’est donc bien la question de l’attractivité du métier qui en cette rentrée est au coeur de la crise actuelle et des enjeux pour notre école.

Et les 9 ministres (!) de l’éducation qui se sont succédé depuis 2017 sont tous comptables de cette politique qui conduira très rapidement dans cette nouvelle année scolaire à un recours exponentiel aux contractuels - non formés - envoyés dans des classes faute de remplaçants. 

Et pourtant les alertes venus du monde enseignant ne manquent pas : alors que 92 % d’entre eux aiment leur métier, ils sont de moins en moins nombreux à estimer pouvoir remplir leurs missions auprès de leurs élèves en raison d’une dégradation de leurs conditions de travail avec en premier lieu la question des effectifs des classes.

L’actuel gouvernement n’a sur cette question aucune excuse : alors qu’une baisse démographique de l’ordre de 500 000 élèves – 400 000 dans le premier degré et 100 000 dans le second degré – est annoncée d’ici à 2027, les responsables politiques actuels pourraient décider – sans dépense nouvelle – d’abaisser la moyenne par classe de 22,4 à 18,2 élèves dans le premier degré d’ici à 2034.

Quand on sait que la France détient aujourd’hui le triste record des classes les plus chargées des pays de l’OCDE et que notre pays investit 19 % de moins dans le premier degré – pourtant déterminant dans le parcours scolaire - que nos voisins de l’OCDE, on mesure l’urgence et l’opportunité qu’il y a à profiter de cette baisse démographique pour améliorer les conditions de travail des enseignants et de leurs élèves.

 

3- Effectifs scolaires mais également niveau de rémunération : un enseignant français du premier degré perçoit 20 % de moins que ses collègues des pays de l’OCDE  et un professeur certifié débutant du second degré gagne en moyenne un salaire brut à peine supérieur au SMIC – 1,1 SMIC actuellement contre 2,2 SMIC en 1980. Et si une revalorisation pour les enseignants en début de carrière à bien eu lieu, pour autant elle n’ a pas changé l’image d’un métier qui reste sous payé avec une politique de hausse salariale exclusivement fondée sur l’attribution de primes dégressives avec l’ancienneté…

C’est ainsi que selon une étude de l’OCDE de septembre 2024, les salaires des enseignants français avec 15 ans d’ancienneté restaient inférieurs de 16 % à ceux de la moyenne des autres pays de l’organisation.

Pour les socialistes, les urgences et priorités pour replacer l’école et ses enseignants au coeur d’un projet de société pour l’émancipation et la réussite de tous sont connues et régulièrement mises en avant : amélioration des conditions de travail, revalorisation salariale, augmentation des heures de formation initiale et continue, plan prévisionnel de recrutements sur dix ans mais également respect de la liberté pédagogique des enseignants, reconstitution des réseaux d’aide spécialisée aujourd’hui exsangues, rétablissement d’une médecine scolaire à même de mener un travail de prévention des écoles maternelles, conseil et accompagnement des familles en difficultés, accueil des élèves en situation de handicap dans des conditions d’encadrement adaptées, action volontariste pour une mixité sociale et scolaire effective, orientation choisie et non plus subie, réhabilitation de l’enseignement professionnel…

 

4- Un budget rogné. Aux antipodes de ces priorités qui pourtant conditionnent l’avenir de notre jeunesse et de notre pays, les récentes déclarations et annonces du Premier ministre, obstinément à la recherche de 44 milliards d’économies, ne peuvent que renforcer l’inquiétude de l’ensemble de la communauté éducative quant à l’avenir immédiat de notre école.

Suppression de 3 000 postes d’emplois publics dès 2026 – les enseignants représentant 30% de la fonction publique d’État dont 330 000 d’entre eux partiront en retraite entre 2019 et 2030 selon une étude du ministère du travail, l'augmentation des crédits pour l’année 2026 ne couvre pas la hausse des salaires, gel du point d’indice... comment ne pas imaginer que cette politique d’austérité n’impactera pas lourdement l’éducation nationale ?

 

5- Les reculs de l’école inclusive et la santé scolaire toujours délaissée. Comment la ministre de l’éducation pourra-t-elle dans un tel contexte tenir sa promesse de création de postes d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), de renforcement de la priorité à la santé mentale ou encore de revalorisation des médecins scolaires et des enseignants en milieu de carrière  ?

Depuis la loi de 2005 proclamant le principe de l’école inclusive, le nombre d’élèves en situation de handicap a quintuplé. Ils sont aujourd’hui plus de 520 000 dans le système scolaire aujourd’hui. Mais, force est de constater que la prise en charge de ces enfants repose sur des personnels, les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), très peu considérés, peu formés, mal rémunérés et de plus en plus sollicités pour des missions très dispersées. 

Quant à la santé scolaire, nous dénonçons depuis des années qu’elle soit le parent pauvre de notre système éducatif.. Pour 12 millions d'élèves, on comptait, en 2022, 900 médecins scolaires, dont un tiers ont plus de 60 ans, 9 300 infirmiers et infirmières scolaires, 3 200 assistantes sociales et 7 000 psychologues de l’éducation nationale. 

Ces nouvelles dégradations à venir de notre système d’enseignement s’inscrivent à l’évidence dans une volonté délibérée de considérer l’éducation sous le seul angle d’un « coût » plutôt que sous celui d’un « investissement ».

A l’inverse de cette politique éducative de démantèlement, de compétition et d’entre-soi, les socialistes souhaitent mobiliser de façon coordonnée et ultra-volontariste tous les leviers de la réussite et de la confiance scolaire en associant dans une logique « d’alliance éducative » tous les acteurs promoteurs de socialisation, de fraternité, d’autonomie et d’émancipation. 

 

Yannick TRIGANCE, Secrétaire national à l'éducation.

 

 

 

 

 

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