- Mardi 25 novembre 2025
En France, les violences faites aux femmes restent un fléau national. Mais il est une réalité encore trop ignorée, une double peine qui frappe dans le silence : celle des violences faites aux femmes en situation de handicap. Invisibilisées, banalisées, niées parfois jusque dans les politiques publiques, ces violences constituent pourtant une urgence sociale, féministe et républicaine.
Aujourd’hui près de 8 femmes handicapées sur 10 déclarent avoir subi des violences au cours de leur vie. Ces violences sont multiformes : violences physiques, sexuelles, psychologiques, économiques, institutionnelles. Elles s’exercent dans les espaces publics comme dans les foyers, les établissements spécialisés, l’environnement familial ou amical, les transports ou les lieux de soin. Et trop souvent, les agresseurs appartiennent à l’entourage immédiat, voire à ceux qui ont un rôle de soutien ou d’accompagnement.
Pour ces femmes, le handicap devient un facteur aggravant de vulnérabilité. Il complique la possibilité de fuir, de porter plainte, de se faire entendre, d’être crue. L’isolement, la dépendance à autrui, la peur de perdre un soutien ou une aide, la méconnaissance des droits, l’inaccessibilité des dispositifs d’urgence ou des commissariats… tout concourt à maintenir ces femmes dans le silence. Certaines n’ont même pas accès à des mots pour nommer les violences qu’elles subissent.
Nous ne pouvons plus détourner le regard.
Nous ne pouvons plus accepter que le droit fondamental à la sécurité, à la dignité, à l’autodétermination et à l’autonomie dépende de la validité physique, sensorielle ou psychique.
Ce combat est éminemment politique, et il doit être exemplaire. Protéger les femmes en situation de handicap, c’est aller au cœur de la promesse républicaine : celle de l’égalité réelle, celle qui commence par les plus vulnérables. C’est affirmer que nos politiques d’égalité ne valent que si elles s’adressent à toutes, sans exception.
Il y a à un enjeu démocratique majeur. Si notre société parvient à protéger – dès l’enfance – les femmes les plus exposées, les plus isolées, les moins entendues, alors elle sera en capacité de protéger toutes les autres.L’inclusion des femmes handicapées dans les politiques de lutte contre les violences n’est pas un « supplément d’âme » : c’est le test de sincérité de notre engagement féministe et humaniste.
Des solutions existent. Elles nécessitent une volonté politique claire et des moyens pérennes. C’est pourquoi nous exigeons :
- De former les professionnels – policiers, magistrats, personnels médicaux et sociaux – et les agents administratifs de tous les guichets à repérer, accueillir et protéger les femmes en situation de handicap victimes de violences.
- De rendre accessibles tous les dispositifs d’urgence, les plateformes d’écoute, les lieux d’accueil et d’hébergement et les procédures judiciaires.
- De renforcer la prévention dès le plus jeune âge, dans les établissements médico-sociaux, dans les écoles inclusives et au sein des familles.
- D’intégrer une sensibilisation à la sexualité et au consentement accessible et digne dans la prise en charge par les établissements médico-sociaux qui accueillent et accompagnent des enfants et adolescents en situation de handicap.
- De soutenir financièrement les associations spécialisées, trop souvent sous-dotées, qui accompagnent ces femmes avec un professionnalisme et un courage remarquables.
Et surtout, nous demandons d’écouter les femmes concernées, car elles sont les premières expertes de leurs vies et des solutions à construire.
Lutter contre les violences faites aux femmes en situation de handicap, c’est aussi combattre les préjugés, les regards infantilisants, la désexualisation ou la négation de leur autonomie. C’est rappeler qu’elles sont des femmes libres de choisir, d’aimer, de travailler, de vivre. En sécurité.
À l’heure où nos sociétés démocratiques sont traversées par tant de régressions en matière de libertés publiques et de protection des droits, ce combat est l’honneur même de la République sociale et féministe. Il implique une mobilisation générale pour la dignité inconditionnelle et doit devenir une priorité nationale, mais aussi locale, dans toutes les politiques publiques.
Paris, en tant que ville-capitale, a une responsabilité particulière : montrer la voie en demeurant radicalement inclusive et féministe. Comme tous les territoires, Paris prendra toute sa part dans la lutte contre les discriminations et les violences faites aux femmes handicapées.
Parmi les premières mesures que nous défendrons : que Paris dispose d'un grand centre d’hébergement d’urgence pour femmes en situation de handicap victimes de violences. Celui-ci sera accessible à toutes formes de handicap et proposera un accompagnement global innovant et ambitieux en termes médical, psychologique et social. Ce sera un lieu refuge pour se reconstruire, pensé avec et pour les femmes concernées.z
Le dépôt, lundi 24 novembre 2025, de la proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants constitue aussi une étape décisive. Signée par plus d’une centaine de député·es et élaborée sur la base des travaux de la Coalition féministe et enfantiste qui rassemble plus de 150 organisations, elle doit maintenant être examinée, discutée et votée massivement dans les meilleurs délais. Son article 71 renforce les droits des personnes en situation de handicap victimes de violences sexistes et sexuelles. Il prévoit la création d’une prestation compensatoire du handicap pour couvrir les frais liés aux démarches judiciaires, médicales ou administratives et garantit l’adaptation effective des procédures judiciaires conformément aux recommandations de la Défenseure des droits.
Plus que jamais nous devons voir celles qu’on n’a pas voulu regarder. Écouter celles qu’on n’a pas voulu entendre. Agir, enfin, pour celles qu’on a trop longtemps laissées seules.
Par Isabelle ROCCA, adjointe au Maire de Paris 12e à l’éducation et aux familles, déléguée nationale du PS à l’éducation, cheffe de file du PS pour les municipales 2026 à Paris 12e
Céline THIÉBAULT-MARTINEZ, députée de Seine-et-Marne
Céline HERVIEU, députée de Paris, cheffe de file du PS pour les municipales 2026 à Paris 6e
Corinne NARASSIGUIN, sénatrice de la Seine-Saint-Denis, secrétaire nationale à la stratégie opérationnelle, en charge de la trésorière et des moyens du PS
Emma RAFOWICZ, députée européenne, première secrétaire fédérale du PS Paris
Alexandra JARDIN, secrétaire nationale du PS à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, adjointe au maire de Paris 20e chargée de la sécurité, prévention et médiation
Yasmine EL JAÏ, secrétaire nationale du PS à la formation à l’égalité Femmes-Hommes, militante féministe Paris 18e
Laure BOTELLA, secrétaire nationale du PS en charge du pôle féminisation du parti
Samira LAAL, secrétaire nationale du PS à l’autonomie et au handicap
Cécile AKTOUF, déléguée nationale du PS au handicap
Lamia EL AARAJE, adjointe à la maire de Paris chargée de l’urbanisme, de l’architecture, du Grand Paris, de l’accessibilité universelle et des personnes en situation de handicap, première secrétaire fédérale du PS Paris
Johanne KOUASSI, conseillère de Paris déléguée en charge de la petite enfance, des services publics de proximité et des relations avec les arrondissements
Geneviève GARRIGOS, conseillère de Paris, déléguée nationale du PS aux populations en danger, aux droits humains et à la justice internationale, cheffe de file du PS pour les municipales 2026 à Paris 16e
Agnès BERTRAND, adjointe au maire Paris 14e à l’urbanisme, au logement, à la qualité de vie dans le parc social, cheffe de file du PS pour les municipales 2026 à Paris 14e
Juliette SABATIER, adjointe au maire Paris 13e aux affaires sociales, à la solidarité, à la lutte contre les exclusions, co-secrétaire fédérale PS Paris à l'égalité
Andrea FUCHS, adjointe au Maire Paris 19e, chargée de la participation citoyenne et des Conseils de quartier, de l’égalité femmes hommes, des droits humains et de la lutte contre les discriminations
Cécile BOSSAVIE, conseillère d’arrondissement déléguée à l’accessibilité universelle et aux personnes en situation de handicap, Paris 19e
Fabienne STOCHEMENT, co-secrétaire de section PS Paris 12e, secrétaire fédérale PS Paris aux solidarités
Estelle NAUD, secrétaire de section PS Paris 17e
Anne-Flore ROUILLON, cheffe de file du Parti socialiste pour les municipales 2026 à Paris 7e
Gabrielle SIRY-HOUARI, autrice féministe, adjointe au Maire Paris 18e
Philomène JUILLET, conseillère d’arrondissement déléguée en charge de la prévention, de la sécurité de la police municipale et de la vie nocturne, Paris 10e
Dorine BREGMAN, adjointe au maire de Paris Centre
Nolwenn HONORÉ, animatrice Fédérale des Jeunes Socialistes Paris
Claire POURSIN, militante féministe Paris Centre
Tiphaine KERDRANVAT, militante PS Paris 12e
Marion WALLER, militante féministe et socialiste Paris 11e