Qu’est-ce qu’être socialiste en 2020 ?

Le séisme de 2017 a fracturé le paysage politique français. L’absence de la Gauche au second tour, au soir du 7 mai, nous a fait revivre « un 21 avril 2002 ». Nous avons dû prendre toute notre part de responsabilité dans cet échec. Les socialistes n’ont pas su suffisamment incarner la volonté de transformation sociale voulue par les français pendant notre exercice du pouvoir. L'identité socialiste s'est peu à peu dissoute dans un infléchissement libéral qui n'a pas été compris et que les circonstances d’alors n'imposaient pas. Nous nous sommes peu à peu éloignés des classes ouvrières et populaires.

Trois ans plus tard, le candidat du “nouveau monde” Emmanuel Macron a des relents d’ancien monde, en pire. Le Président assume sans aucun complexe un positionnement à Droite. Sa stratégie est claire : polariser le débat entre lui et l’extrême droite pour ne laisser aucune place à d’autres alternatives possibles. Sa stratégie laisse un réel espace dans le paysage politique national, pour la Gauche, que nous devons participer à combler. C’est une évidence, dispersée la gauche n’a aucune chance de parvenir au second tour de l’élection présidentielle, mais rassemblée elle peut prétendre proposer une réelle alternance politique aux français. La stratégie engagée par le premier secrétaire a démontré son efficacité lors des dernières élections municipales et sénatoriales.

Le risque d’un nouveau duel entre une droite libérale et l’extrême droite nous invite à nous réinventer et à réaffirmer ce que nous sommes pour proposer une autre voie aux français. Le Parti socialiste doit désormais entamer sa mue vers le XXIème siècle : soyons lucides et audacieux. Nous ne sommes plus hégémoniques et les autres formations de Gauche peuvent être tentées de “faire sans nous”. Toutefois, le Parti socialiste reste la force centrale essentielle pour fédérer et faire gagner la Gauche quand nous sommes unis.

Le Parti socialiste est ancré dans son camp politique, la Gauche. Dans la société d'aujourd'hui, le socialisme doit retrouver ce qui a fait son ADN. Il doit se réapproprier ses valeurs et assumer sa volonté de transformer la société française et la République.

I) Réaffirmer nos valeurs

Porter l’éco-socialisme.

La lutte contre les inégalités et les discriminations est la raison d’être du Parti socialiste. Or, depuis plusieurs années, notre société est traversée par de multiples crises qui remettent en cause notre modèle social, notre rempart contre le creusement des inégalités.

Avec la crise sanitaire du Covid-19, elles ont explosé et sont devenues encore plus visibles. Cette crise a mis en lumière certaines professions oubliées et trop souvent dévalorisées, ainsi que des manquements évidents de l’Etat dans la gestion de la crise. Ceux-ci ont pu, en partie, être compensés par des mouvements de solidarité citoyenne. A cela s’ajoute, des crises environnementales qui vont engendrer de nouvelles crises économiques et sociales. Il est donc essentiel que le Parti socialiste propose une réponse globale à l’ensemble de ces problématiques car il est le seul parti qui intègre la justice sociale au cœur de toutes ses réflexions et qui sache la combiner avec l’urgence écologique.

En effet, être socialiste, c’est porter l’éco-socialisme. Ces deux notions sont intrinsèquement liées. Le socialisme intègre pleinement l’écologie, car cette dernière est une nouvelle source d’inégalités. Toutefois, le Parti socialiste défend une écologie humaniste plutôt qu’une écologie naturaliste, une écologie sociale plutôt qu’une écologie punitive. Nous devons être vigilants sur l’écologie qui tend à mettre sur un pied d’égalité, l’espèce humaine et l’espèce végétale. Pour autant chaque action compte et les effets du réchauffement climatique se font déjà sentir.

Ce sont nos concitoyens les plus fragiles qui sont les premières victimes de l’urgence environnementale. L’écologie doit se conjuguer au social, fin du monde et fin du mois ne vont pas sans l’un sans l’autre.

Renouer avec la fraternité républicaine. Le socialisme est républicain.

Comme le disait Jean Jaurès, “Sans la République le socialisme est impuissant, sans le socialisme la République est vide”. Certes la promesse initiale de Jaurès de “la République jusqu’au bout” n’est pas advenue, mais il nous incombe justement, de donner une traduction concrète à cette promesse de la fraternité républicaine, de faire de la République un creuset commun. L’idée même de République est peu à peu devenue une abstraction incapable de répondre aux attentes et aux aspirations concrètes pour beaucoup d’entre nous, notamment pour les jeunes générations. Notre république a abandonné des populations entières en acceptant de sous-traiter à d’autres, la sécurité, l’éducation, la santé, la solidarité et la transition écologique. C’est parce que la République n’a pas tenu “sa promesse d’aller jusqu’au bout”, que certains sont tentés de s’en détourner, de se replier sur une culture, de se renfermer sur une communauté ou de se réclamer d’une identité. Et c’est dans ces failles d’un pouvoir public trop absent que ce sont engouffrés les identitaires. Nous devons lucidement faire ce triste constat et en prendre toute notre part de responsabilité.

La République n’est pas compatible avec le repli sur soi, ni avec les communautarismes. Ne renonçons surtout pas à l’universalité de celle-ci, l’universalité doit demeurer une exigence. Le Parti socialiste doit assumer fermement ce sujet à Gauche et au sein de la société. La France n’a pas de couleur de peau, la France n’a pas de religion, l’indigénisme doit être combattu. C’est parce que notre République est laïque, que chacun et chacune au-delà de ses affinités religieuses ou culturelles partage une même communauté de destins : notre communauté nationale. L’acte barbare commis au nom de l’islamisme radical intervenu le 16 octobre 2020 doit nous interpeller. Lorsque la Liberté d’expression est attaquée pour des motifs religieux radicaux dans les quartiers, les écoles ou encore les universités, c’est notre République qui est attaquée. A ceux et celles qui ignorent ou refusent de comprendre ce qu’est notre laïcité et la fragilisent nous devons rappeler qu’en France, la liberté de penser,des’exprimer,decaricaturer,estunacquisdenotrelonguehistoire. Cen’est pas négociable. Réaffirmons l’urgente nécessité de lutter, très activement, contre la radicalisation islamiste. Le Parti socialiste et la Gauche doivent dénoncer plus fermement encore celles et ceux qui se montrent complaisants avec les extrémismes religieux. Refaisons de la laïcité “un bouclier face à l’intégrisme”, qui protège les croyants comme les athées, au sein de notre société. Affichons fièrement notre attachement à la loi 1905 garante de notre bien vivre ensemble. Etre socialiste, c’est avoir la laïcité chevillée au corps.

Pour une Europe plus sociale et solidaire.
Être
socialiste, c’est être profondément et sincèrement européen.

Dans la droite ligne de Jacques Delors, nous devons être les porte-paroles et les bâtisseurs d’une Union européenne “juste, durable, démocratique et inclusive”.

L’existence même et la pérennité de l’Union Européenne sont contestées de nos jours. Elle s’est construite en vue d’assurer la paix sur notre continent, elle doit désormais rapprocher les peuples. Or, dans ses propres frontières, les principes fondamentaux de l’UE sont remis en question par plusieurs Etats membres. De plus, l’UE apparaît pour ses citoyens comme un objet lointain, technocratique et anti- démocratique. L’intérêt particulier semble primer sur l’intérêt général. Le Parti socialiste doit donc définir un programme social, économique et écologique claire pour l’UE afin de garantir à ses citoyens un socle social commun durable. La construction européenne que nous défendons a toujours mis le Progrès au centre de nos préoccupations. C’est plus que jamais une nécessité aujourd’hui. Il faut défendre la création d’un salaire minimum européen, d’une fiscalité européenne et plaider pour une nouvelle politique migratoire. Tous ces sujets doivent nous permettre de défendre une harmonisation du mieux social pour tous les Européens.

II) Recréons une convergence militante.

Fort de ses valeurs, le Parti socialiste doit également engager une réforme de son fonctionnement interne, c’est ce qui a été entrepris à travers la Renaissance socialiste que nous avons initié. Sans un fonctionnement serein, le Parti socialiste ne pourra pas porter l’ensemble de ses combats de manière efficace. Nous devons recréer une convergence militante pour être en phase avec la société et les français.

Retrouver la sérénité du débat pour renouer avec la société.

Aujourd’hui, le Parti socialiste a parfois abandonné le débat interne serein, dans le respect mutuel. Nous perdons notre énergie et nos militants dans des querelles intestines stériles. Nos élus se sont éloignés de la base. Ce constat doit nous amener à nous interroger et à nous réinventer.

Le Parti socialiste a longtemps été le parti des ouvriers, des salariés, du peuple. Chacune et chacun pouvait y trouver sa place dans les discussions, les débats et les échanges internes riches. Progressivement, il est devenu un parti d’élus. Ce changement a eu des conséquences importantes sur toutes nos décisions et notre fonctionnement. Nous avons pris la mauvaise habitude de nous réunir en différents courants pour défendre nos prés carrés, nous méfiant parfois de nos propres camarades. Trop souvent, nous avons le réflexe du repli sur l’entre-soi. Il est donc urgent de réaffirmer, dans les discours et dans les actes, la nécessité de faire vivre notre démocratie interne autrement. C’est un préalable évident pour faire vivre nos positionnements et les relayer efficacement afin que nos propositions impriment dans le débat politique français.

A force de nous concentrer sur nos débats internes aux détriments de porter le débat dans la société, nous avons perdu le lien avec elle. Nous avons oublié que notre premier adversaire politique c’est l’immobilisme, le conservatisme, le néolibéralisme de la Droite ou bien le repli sur soi et le nationalisme forcené de l’Extrême-Droite. Propager et convaincre, voilà à quoi nous devons employer notre énergie.

Recréer du collectif.

Nos déchirures internes et les revers électoraux ont participé à éloigner certains de nos camarades de notre parti. Ce phénomène d’hémorragie militante que nous avons connu doit nous interpeller. Si certains ont quitté le parti pour rejoindre d’autres horizons politiques, la plupart l’ont fait par manque de cohésion collective et de débat. Peu à peu, nous sommes devenus un parti qui a recours à ses militants uniquement pour les rendez-vous électoraux. C’est un rôle réducteur. Nous l’affirmons : le militant doit être au cœur de notre mouvement. Débattons, formons, réfléchissons, ouvrons- nous.

Le Parti socialiste ne peut exister que verticalement. Comment construire notre action sans l’appui de nos permanents, nos véritables ressources pour tisser des liens avec nos militants. Nous devons développer un esprit de solidarité entre les fédérations. Dans chacun de nos territoires, nous faisons face à des problématiques communes sans pour autant apporter de solutions communes. Il est temps de mutualiser nos moyens lorsque c’est possible et/ou nécessaires. Pour mener à bien nos actions politiques, nous devons disposer des outils et des moyens humains nécessaires. Ces dernières années, le Parti socialiste a fait face à la baisse de ses ressources et de nombreuses fédérations ont dû prendre la lourde décision de se séparer de leurs permanents. Nous proposons de généraliser, par région, le partage de nos ressources humaines. Cette fraternité entre militants et vis-à-vis de nos permanents est essentielle à la réalisation de nos valeurs.

Remettre le militant au coeur de notre parti.

Le militant doit redevenir le coeur et le cerveau de notre parti. Pour cela, nous devons nous repenser, nous réorganiser et nous réinventer. Il est essentiel de recréer du lien entre nous. La camaraderie ne peut pas être une simple promesse du parti envers ses militants mais être une réalité. Cela exige de développer des moments de convivialité, de rencontres entre militants et avec nos élus. Ces temps de discussions informelles sont aussi importants pour le dynamisme et l’attrait de notre parti que nos débats d’orientation ou nos votes internes. Nous devons revoir nos pratiques comme la façon dont nous accueillons les nouveaux adhérents, leur donner envie de rester dans le parti qu’ils ont choisi. Il est plus que jamais d’actualité de dépasser nos habitudes qui freinent le travail en commun. Nous devons être plus vigilant pour intégrer chacun.

Le Parti socialiste doit s’ancrer dans son époque. Il faut développer de nouvelles façons de militer en s’emparant pleinement des possibilités offertes par le numérique. La crise de la Covid-19 nous montre à quel point l’investissement du militantisme en distanciel est nécessaire. Nous devons y mettre les moyens financiers conséquents et les ressources humaines nécessaires. Facilitons l’investissement de nos militants, en travaillant sérieusement à proposer des solutions innovantes, comme la possibilité d’un vote à distance facile d’accès et sécurisé. Le e-militantisme ne doit cependant pas être envisagé comme une fin en soi. Il faut agir sur la société pour la faire évoluer.

Depuis 2018, le parti a engagé différents chantiers pour sa nécessaire rénovation. Nous soutenons le travail engagé par le 1er secrétaire et la direction nationale. Il doit se poursuivre et s’amplifier. Remettre le militant au cœur de notre mouvement c’est par exemple faire appels aux compétences riches et variées dont regorgent nos militants aux parcours personnels et professionnels très différents.

Conclusion :

Jamais la question sociale n’a été autant au cœur des débats à la suite de la crise du Covid-19. Après le creusement des inégalités et l’explosion de la pauvreté, nous nous attendons à une hausse importante du chômage. Ces situations risquent de crisper la société.

Pour éviter une radicalisation des esprits, il est urgent d’agir pour maintenir la cohésion sociale et pour protéger les plus vulnérables face à ces crises. C’est pourquoi le Parti socialiste doit porter un nouveau projet de société clair et affirmé autour de la social- écologie, de l’affirmation de la République, et du renforcement des solidarités au sein de l’Union européenne. Sans clarté, nous sommes condamnés à rester inaudibles. Soyons fiers d’être de gauche, d’être socialiste. Affirmons le dans le discours et dans les actes.

Enfin, cette réaffirmation de nos valeurs ne peut se faire sans les militants. Notre parti connaît des dysfonctionnements. Il est temps de remettre le débat d’idées au cœur de la vie de nos sections, de travailler non plus en cercle fermé mais vers l’extérieur.

 

Signataires  : 

Brigitte MARCINIAK : BN, Première secrétaire fédérale (16)

Maxime PICARD: SNA, BN, Premier secrétaire fédéral, Conseiller régional de Bretagne, Adjoint au maire (56)

Samira LALL : SNA

Yohann NEDELEC : Premier secrétaire fédéral, Adjoint au maire, Vice-président métropolitain (29)

Estelle PICARD: CN (79)

Mehdi BELAHCEN : CN complémentaire, SF, Conseiller à l'Assemblée des Français de l’Étranger, Président du groupe d'union de gauche à l'AFE (999)

Damien LEROUGE : CN, Premier Secrétaire Fédéral Adjoint, Secrétaire de Section (08)
Stéphanie LE SQUER : BF,SF,CF, Conseillère municipale (56)

Jean-Louis MILES : CF, secrétaire de section, Conseiller municipal (56)

Guillaume KERRIC : CF, Secrétaire de Section (56)

Christian DERMY : CF, secrétaire de Section (56)

Loïck MERCIER : CF, secrétaire de Section (56)

Tanguy LARS (56)

Jérôme DECROCK (56)

Alan CANY (56)

* Signataires :

José CERVERA : CA de section, Conseiller municipal délégué (33)

Martine BARBER (67)

Gabriel DERAIS : CF, Président de HES (67)

Nathalie DERIANO : CA de section (67)

Alexandre GOUTAGNY (93)

Antoine GRENIER (75)

Lucas GRICOURT (67)

Isabelle HOEL : CA de section (56)

Linda IBEIM : Secrétaire de section (67)

Jacqueline LANGELIER : BFA (56)

Aliénor LAURENT (75)

Adrien LE BIDEAU (56)

Dominique MALLET : CA de section (56)

Pierre MOAL : SF (29)

Sébastien POUPON : SF, BF, CF, Secrétaire de section (58)

Gérard TRELOHAN : CA de Section (56)

Emma RAFOWICZ : SF, Adjointe au maire 11ème arrondissement (75)

Omri SCHWARTZ (31)

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