Partenariat historique UE-Afrique : la signature des accords Post-Cotonou doit marquer une nouvelle politique d'aide au développement

– Mardi 5 septembre 2023

Dylan Boutiflat, secrétaire national aux Relations internationales

Cécilia Gondard, secrétaire nationale adjointe au Nouveau modèle de développement et aux Droits humains

Mardi 18 juillet, à l'issue du sommet UE/CELAC (Communauté des États latino-américains et des Caraïbes) et malgré l’actualité des élections espagnoles, Pedro Sánchez, qui a pris la présidence du Conseil de l'Union Européenne pour le second semestre 2023, a réussi le tour de force de débloquer la signature de l’accord Post-Cotonou. En effet, le Conseil des Affaires étrangères de l’Union européenne a enfin donné son accord, le 20 juillet, pour la signature de cet accord qui définit les relations entre l’Europe et les 79 pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (OACPS) pour les 20 années à venir.

Les gouvernements d’extrême droite – d’abord la Hongrie, ensuite la Pologne – avaient bloqué la signature de l’accord pendant deux ans. Non, la coopération internationale et ses principes ne s’échange pas contre les droits humains ou des restrictions migratoires. Tout comme l’aide au développement ne doit pas servir à financer des armes. Ces approches nous donnent un aperçu de l’irresponsabilité de l'extrême droite lorsqu’elle est au pouvoir et de son incapacité à construire une politique de développement dans la coopération et le respect mutuel.

Avec le déblocage des accords Post-Cotonou, les valeurs de l’Union Européenne ont triomphé. Elles nous invitent à co-construire, avec les pays OACPS notamment, une nouvelle feuille de route européenne de l’aide au développement, comme marqueur de notre engagement commun dans les relations avec l’Afrique et des autres pays des Caraïbes et du Pacifique.

Démocratiser l’aide au développement

Nous socialistes français appelons la France et l’Europe à saisir cette occasion pour faire table rase du passé et s'engager dans une véritable coopération, d’égal à égal, avec les pays OACPS, axée sur le consentement des peuples, notamment à travers la consultation de la société civile aux niveaux local et national, sur le respect des valeurs universelles communes des droits humains, économiques et sociaux, par les pays comme par tous les acteurs économiques, en particulier les multinationales. Les ONGs et les parlementaires doivent être associés également au respect des objectifs et des plans de développement, dans la plus grande transparence.

Changer de gouvernance mondiale

Le Parti socialiste défend le principe d’égalité, « un pays = une voix », au cœur d’une nouvelle gouvernance mondiale véritablement multilatérale, qui doit s’inscrire dans le long terme. Ces deux éléments devraient notamment présider à l’édiction de règles et mécanismes communs en matière de gestion soutenable de la dette, de lutte contre l'évasion fiscale mondiale, de respect des engagements internationaux en matière d’aide au développement, et d’abolition de l’arbitrage privé international dans les traités d’investissement. Seul ce nouveau modèle peut répondre au dépassement du néocolonialisme et des nouveaux impérialismes qui s’accaparent les richesses du continent africain - entre autres.

Changer le financement et l’impact de l’aide au développement

L’aide au développement ne doit pas alimenter la dette ou s'évaporer dans des investissements dont l’impact en termes de développement humain, de droit des femmes et de lutte contre le changement climatique ne sont pas prouvés. Il faut pour cela d’une part augmenter la part des subventions dans l’aide au développement et de l’autre s’assurer de l’impact de l’ensemble de l’aide en termes de développement humain. Nous appelons de nos vœux une nouvelle coopération basée sur nos valeurs communes universelles et les nouveaux défis que nous avons en partage : protection des biens communs - notamment l’environnement et la biodiversité mais aussi l'accès à l'eau, à la santé, à l’éducation, protection des droits humains, en particulier des droits des femmes, défense de la démocratie, notamment à travers le combat contre la désinformation, et enfin notre lutte commune contre le changement climatique - où l’Afrique doit être soutenue tandis que les plus grands pollueurs doivent prendre leurs responsabilités.

Saisir l’urgence

C’est sur ce partenariat solidaire et équitable que la mise en œuvre de l’accord Post-Cotonou devra se baser. Il est pour l’heure indispensable que la signature des accords et leur mise en œuvre provisoire interviennent au plus tard au 31 octobre 2023. C’est un préalable indispensable pour que l’Europe et les pays d’Afrique, Caraïbes, Pacifique puissent trouver le chemin de nouvelles coopérations, sous le contrôle des citoyens, des parlementaires et des sociétés civiles organisées localement, nationalement et régionalement, en particulier des ONGs quant au respect des objectifs et de la transparence de l’exécution.

 

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