D’une écologie de principe à une écologie d’action

Si peu de gens en France doutent encore du réchauffement climatique, l’ampleur des défis qui nous font face n’est pas toujours une évidence. Continuer dans l’inertie mortifère du business as usual nous expose à des conséquences aussi dramatiques qu’elles semblent lointaines : montée des mers, migrations forcées, diminution des terres arables, pénuries de sources énergétiques, chute de la biodiversité, crises financières, guerres.

 

Il est donc vital d’atteindre le plus rapidement possible la neutralité carbone, c’est-à-dire la stricte compensation de nos émissions de gaz à effet de serre. Réussir la neutralité carbone en 2050 impliquerait de réduire nos émissions de gaz à effet de serre au rythme soutenu de 5 % par an, soit de diviser par six nos émissions de gaz à effet de serre en trente ans. Cela revient à dire que notre empreinte carbone, de 11 tonnes d’équivalent CO2 par an et par habitant aujourd’hui, devrait chuter à 2 tonnes d’équivalent CO2 par an et par habitant en 2050. Évidemment, une telle baisse ne peut passer inaperçue.

 

Pourtant, alors que nous insistons beaucoup sur la responsabilité individuelle dans la lutte contre le changement climatique, la plus grande partie de nos émissions n’est pas directement contrôlée par les citoyens. Le rapport « Faire sa part » du cabinet Carbone 4 évalue à moins d’un quart la part des émissions dont les leviers sont individuels. Nous ne choisissons pas la manière dont l’énergie que nous consommons est produite, ni si le TER passe près de chez nous ni ne pouvons tous acheter une voiture électrique ou des vêtements produits localement. Dans l’urgence climatique, la responsabilité individuelle est nécessaire mais elle n’est pas suffisante. Il ne peut pas y avoir de transition écologique sans une intervention publique des collectivités et surtout de l’État. À ce titre, la transition climatique est un nouvel aspect de notre contrat social national.

 

Parallèlement, une grande partie de notre empreinte carbone est importée. Près de 5 tonnes d’équivalent CO2 par an et par Français sont émises hors de France via l’importation de produits manufacturés. Ces émissions délocalisées sont à l’origine d’un paradoxe majeur des émissions françaises : alors que les émissions nationales par habitant baissent depuis 30 ans, l’empreinte carbone des Français augmente constamment dans la même période !

 

De ce fait, la réduction de nos émissions à l’objectif annuel de 2 tonnes d’équivalent CO2 par habitant est un objectif collectif, pour lequel l’État est le seul à disposer des moyens politiques, diplomatiques et financiers qui peuvent assurer une transition écologique juste et respectueuse des valeurs démocratiques. Dans cette ambition, il nous semble qu’un socialisme de gouvernement ne peut réussir la transition écologique qu’à condition de :

  1. Maîtriser les enjeux techniques de la réduction des émissions carbone.
  2. Subordonner les règles économiques à la transition écologique.
  3. Garantir que les moyens mis en œuvre dans l’objectif de neutralité carbone respectent la souveraineté démocratique et la justice sociale.

1. Maîtriser les enjeux techniques de la réduction des émissions carbone

Chaque Français émet en moyenne 11 tonnes d’équivalent CO2 (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) dont :

 

- 5 tonnes d’émissions importées ;

- 2 tonnes d’émissions de transport ;

- 1,5 tonnes d’émissions de bâtiments (essentiellement chauffage au gaz et fioul) ;

- 0,8 tonnes d’émissions industrielles ;

- 0,8 tonnes d’émissions liées à l’agriculture ;

- 0,7 tonnes d’émissions en production d’électricité ;

- 0,3 tonnes d’émissions liées à la gestion des déchets.

 

La spécificité des émissions françaises est la faible contribution de la production électrique au bilan carbone national. Le mix électrique français est à plus de 90 % bas-carbone grâce à la combinaison énergies renouvelables — nucléaire. Cet atout doit servir de socle à la stratégie bas-carbone nationale. L’accès à cette électricité propre est un commun qui doit être garanti à tous.

 

Puisque 45 % de l’énergie primaire consommée en France est électrique, la priorité est de lutter pour la réduction des 55 % restants, majoritairement d’origine fossile (charbon, pétrole, gaz). Dans chaque secteur d’émission, une analyse quantitative fine doit permettre d’écarter les fausses bonnes idées et de proposer des moyens efficaces et collectifs pour réduire notre empreinte carbone : développement massif du rail et des transports collectifs, développement des moyens de transport individuels non-polluants (électrique, hydrogène produit par électrolyse), rénovation énergétique de tous les bâtiments, mise en œuvre de la transition agroécologique, généralisation de l’économie circulaire, etc.

 

C’est point par point, secteur par secteur, que nous parviendrons à réduire nos émissions nationales. Naturellement, ces transformations impliqueront de devoir renoncer à notre modèle économique productiviste.

 

2. Subordonner les règles économiques à la transition écologique

 

Une part colossale de nos émissions n’est pas d’origine française. Le néolibéralisme, à travers la mondialisation et ses délocalisations massives, a contribué à l’augmentation de notre empreinte carbone. Le produit autrefois fabriqué en France est maintenant importé de Chine ou d’ailleurs, souvent de grands pays exportateurs mais très émetteurs de gaz à effet de serre. Dans un monde où prévalent l’obsolescence programmée et le besoin technologique permanent, chaque nouvel achat, chaque nouvelle forme de consommation est polluante à l’autre bout du monde.

 

La planification bas-carbone n’est donc pas indépendante du besoin de redéfinir une politique industrielle nationale, qui privilégie à la consommation de masse la durabilité, une production peu polluante et le respect des droits du travailleur. En sus, il est nécessaire d’exiger des produits que nous importons qu’ils aient été produits dans des conditions environnementales et sociales qui soient identiques aux nôtres. La transition écologique ne peut pas réussir sans cette garantie alors que de ce point de vue l’intérêt financier des industriels est orthogonal à la transition écologique.

 

À ce titre, la responsabilité de la France est de devenir, au sein de l’Union européenne puis à travers l’Europe dans le monde entier, un modèle d’industrie durable et non-productiviste.

 

Une politique social-écologique de la transition doit donc être capable de conditionner l’ordre économique à de nouvelles règles et à une nouvelle organisation de la vie sociale. Cette nécessité d’un État fort ne peut toutefois pas se faire au détriment de deux valeurs essentielles du socialisme : le respect démocratique et la justice sociale.

 

3. Garantir que les moyens mis en œuvre dans l’objectif de neutralité carbone respectent la souveraineté démocratique et la justice sociale

 

Une approche punitive de la transition écologique serait à la fois inefficace et injuste. Une taxation carbone naïve, qui ferait du consommateur final le seul pollueur en niant le caractère systémique de notre dépendance fossile, ne pourrait que nuire aux Français les plus modestes, qui sont dans l’incapacité de changer facilement leurs comportements environnementaux.

 

La transition écologique ne peut ainsi se faire en coupant les citoyens de leurs moyens de déplacement, de leur logement ou de leur travail au prétexte que ces derniers seraient polluants sans leur offrir d’alternative écologique et accessible. Dans sa tradition politique, le Parti socialiste a la responsabilité de veiller à ce que les plus modestes ne sont pas in fine les boucs-émissaires de nos émissions collectives. Sans préjugé, sans autre but que la conciliation de nos besoins écologiques, sociaux et démocratiques, il appartient au socialisme de faire de la France le modèle humaniste du XXIe siècle.

 

Signataires : Vincent Verbavatz (75), Louis-Samuel Pilcer (77, trésorier fédéral du MJS), Aurélie Coursimault (37), Milo Lévy-Bruhl (59), Sylvie Dariosecq (75), Dieynaba Diop (78, adjointe au maire des Mureaux, porte-parole du Parti socialiste), Vincent Faille (77, conseiller municipal de Lagny-sur-Marne), Valentin Guenanen (75, secrétaire de section Paris 14, adjoint à la maire du 14e arrondissement de Paris), Céline Hervieu (75, secrétaire de section, conseillère de Paris), Matteo Lascialfari (75), Adrien Madec (75), Marc Mancel (75, membre du conseil national), Gaëlle Masson (75), Delphine Pineda (75, membre du conseil national), Ozlem Polat (77), Olivia Polski (75, membre du bureau national, adjointe à la maire de Paris), Clément Robert (75), Marc Sadoun (membre de la commission nationale des conflits), Baptiste Vanwesemael (77), Denis Zmirou-Navier (75).

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